LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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L'HIVER AU CHAUD épisode 3

Du blanco un peu partout et des annonces micro (ou, comment t'as raison d'avoir cliqué sur l'épisode 3)

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J'avais une phrase bien solide pour démarrer ce nouvel épisode et puis voilà, mon portable s'est mis à vibrer. 

- Allo oui?

- Monsieur Francisco?

- Lui-même.

- Bonjour, bonne année monsieur Francisco ! Voilà, en fait je me présente, Bernard Loison des services techniques Blog4ever!

- ...

- Je ne vais pas vous déranger longtemps. En fait, je vous appelle rapport à la porte que vous avez installée en bas de la page d'accueil de votre blog consacré à votre passion pour le cinéma...

- D'accord...

- Oui. Bien. Voilà, en fait, ce qui passe c'est qu'elle est pas vraiment aux normes. En fait, c'est tout con mais il vous faudrait un voyant au-dessus, rapport aux risques d'incendie. Alors y a ça et en plus elle n'est pas homologuée. C'est à dire qu'elle n'est pas du tout ignifugée votre porte... Vous savez qu'il existe des produits brevetés? Ce sont des produits stables et indéformables...

- Je vous arrête tout de suite. Il ne s'agit pas d'une sortie de secours mais d'une porte d'entrée.

-  Ah.

- Ben oui. Je suis désolé. Écoutez, j'aurais adoré pouvoir vous aider mais là je démarre un nouvel épisode alors va falloir que je raccroche monsieur Loison !

- Ah oui, bon , excusez-moi. Désolé de vous avoir interrompu.

- Y a pas de mal.

 

Et voilà comment un personnage de fiction peut vous flinguer une intro. Je reste incapable de me souvenir de cette phrase qui tenait debout toute seule...

Au sujet des belles idées qui s'enfuient, je me souviens d'une copine de fac qui avait toujours un carnet près de son lit pour noter toutes ces idées de génie qui fleurissaient au sortir du sommeil. J'ignore ce qu'elle est devenue mais c'était une brune bien charpentée au style relevé avec de la bonne humeur à revendre, ce qui pour un mélancolique dans mon genre me galvanisait et me permettait de rester à flot. On se marrait bien et on se serrait les coudes comme un frère et une soeur. J'ai aimé ses années là. Il faut préciser qu'il n'y avait pas internet. Pour vivre et se tenir un peu au courant on était obligé de  mettre le nez dehors. On écrivait en s'accrochant au stylo et on vivait aux côtés des bouquins. Il y avait de la matière et du sens. C'était avant que l'ère numérique ne vienne lisser, mélanger et former ce "Grand Tout du savoir" furieusement ludique mais désespérément atone ou le plein s'est noyé dans le vide. Nous laissons filer un temps précieux la tête contre des murs où se postent des milliards de solitudes. On se retrouve comme de gentils toutous surmenés. Désespérément amis avec le monde entier...

Ça y est, je digresse encore. Je fais mon vieux con. Parce que le numérique ça a quand même filé les blogs et la publication gratuite et universelle par et pour tous. Faut juste apprendre à retrouver son chemin au coeur du chaos... Ca y est, je recommence. La nostalgie est un peu mon yoga.

Je vais insister un peu sur mes années fac. J'ai aimé ces années-là parce que je n'ai jamais autant écrit. Particulièrement lors de ma première année pour rien à celle d'Arts Plastiques. Une année où j'ai eu bien le temps de faire connaissance avec moi-même. Je n'avais positivement rien à foutre des cours. Écouter un type vous expliquer comment regarder et dessiner les choses est comme suivre une marche funèbre quand on est jeune et impatient à l'idée de devenir un grand artiste incompris. Dans cette petite bande de jeunes, nous étions quatre ou cinq à s'improviser écrivains et l'on se refilait nos écrits, chacun étant persuadé de revisiter la littérature et, bien sûr, d'être meilleur que l'autre. Je débordais de créativité. Je me suis même fendu cette année là d'une expo de fusains compressés (des corps puissants émergeant de l'obscurité et emboités les uns dans les autres) de grandes feuilles affichées aux côtés des poèmes d'une femme triste et ravissante qui portait le doux prénom de Anne. C'est mon voisin de chambre, Fabien, fan de mes dessins, qui me l'avait présenté. Le lieu de l'expo s'appelait je crois "Espace culturel Le triangle".  Le soir du vernissage, j'ai mis ma plus belle chemise blanche et je m'y suis rendu, fier et vibrant, comme si je débarquais au Grand Palais pour la grande rétrospective des oeuvres de Francisco. Je me souviens que l'on est surtout resté entre potes et que l'on a bu un Kir trop sucré dans des gobelets en plastique. Je me souviens que Fabien avait oublié d'aller acheter les gâteaux apéro. Du coup, on a très vite commencé à rire de pas grand chose. Un type de la presse quotidienne régionale devait passer. Nous l'avons attendu un moment puis plus du tout. Je me suis couché ce soir là très heureux et royalement inconnu. Plus tard, en fac de Lettres, j'ai même fait circuler un petit roman poético-porno qui a fait son petit effet dans le cercle des initiés. Artères que ça s'appelait. Les aventures sextraordinaires d'Henri Barto. Imaginez un auteur embarquant dans le train des écrivains et se retrouvant dans une ville mystérieuse ou d'étranges cabarets accueillent d'apocalyptiques scènes d'orgies. Et tout le monde de s'envoyer en l'air en philosophant et en poétisant un max la chose. Le recueil faisait une bonne centaine de pages, tapées à la machine à écrire la plus bruyante du marché, avec du Blanco un peu partout, quelques ajouts au stylo et mon tout photocopié en quatre exemplaires !

J'étais assez fier d'être arrivé au bout du truc. Le petit matin où j'ai tapé le mot fin je me souviens parfaitement être descendu au bar de la place pour m'acheter un paquet de cigarettes et fumer ma première clope de romancier en savourant le café le plus extraordinaire de cette radieuse fin d'hiver. J'étais entré dans un autre monde! Le monde magique des mecs qui ont écrit un roman! Je serais bien resté là toute la journée à rêver à mon oeuvre à venir mais j'embauchais à mi-temps aux magasins C&A rayon hommes, responsable cabines. J'y étais presque tous les après-midis.  Un bon mi-temps. J'avais tellement progressé dans ce métier que j'ai même eu droit de passer des annonces au micro.

- On demande une responsable retouche au premier étage. Une responsable retouche au premier étage.

Une des vendeuses trouvait que j'avais "une voix super". Dès que j'ai su ça, je me suis mis à en rajouter un maximum. Un truc qui collait pas, paf une annonce. Une demande quelconque, une vague réclamation : ANNONCE MICRO ! J'ai toujours aujourd'hui cette propension à fanfaronner et devenir grande gueule dès que je retrouve un minimum confiance en moi. Le temps passait plus vite ainsi. Le principe de mon job était simple et la technique imparable. Les gens arrivaient devant moi avec des fringues et je devais leur donner autant de badges que de fringues. Si, par exemple je récupérais quatre badges mais seulement trois fringues c'est que je me retrouvais face à un putain de problème. Et un putain de problème non seulement à constater mais également à résoudre. Heureusement, comme j'étais devenu écrivain j'ai décidé que je me foutrais désormais éperdument du nombre de badges comme du nombre de fringues. J'ai très logiquement fini par 1 : me faire virer,  2 : retrouver ma liberté.

Une soif de liberté qui se traduit aujourd'hui par cette stupéfiante aptitude que j'ai à prendre tout un tas de photos de ciel et de routes.

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Pour en revenir à mes premiers écrits je ne fis pas que dans le déjanté et l'orgiaque. Plus accessibles et consensuels j'accouchais également de deux ou trois recueils de nouvelles  dont le plus célèbre s'intitulait sobrement : Dans les Bras de la Nuit. Un énorme carton. Pour vous donner une idée: Tous les membres de ma famille l'ont lu et l'ont adoré. Je reconnais que cette oeuvre présentait bien. C'est la secrétaire de mon paternel qui avait retapé sur ordinateur l'intégralité de mon manuscrit. Je revois les sept ou huit radieux exemplaires à couverture cartonnée que mon père avait fait relier. J'avais, pour la première fois, la sensation d'ouvrir un vrai livre. Il s'agissait pour l'essentiel de courts récits hautement dépressifs avec pas mal de clichés, emprunts de ma fascination pour cette foisonnante Amérique des cinéastes et des écrivains. Une Poésie de la route et de l'errance. Des histoires d'écrivains amoureux ou de fous solitaires, gros fumeurs et alcooliques, peuplant un univers à la Jarmush. Le tapuscrit avait même été envoyé chez Gallimard qui avait eu l'élégance de me renvoyer une jolie lettre de refus m'expliquant que j'avais tout de même passé le premier comité de lecture. Fidèle à moi-même et farouchement velléitaire, je n'ai donc pas poussé plus avant mes tentatives de devenir le plus puissant écrivain de langue française du dernier quart du 20ème siècle.

Mes potes de fac avaient aussi la plume alerte mais je me souviens surtout du seul qui ne faisait pas d'étude. Franck B. Lui  était un pur de dur. Écrivain depuis le collège. Solitaire et magnifiquement étrange, il écrivait avec le dico à portée de main et choisissait tout plein de mots dont j'ignorais jusque là l'existence. Il ne le faisait pas pour épater la galerie mais pour trouver de nouveaux sons et façonner un univers d'exception. Loin d'être indigeste le résultat était totalement fascinant. Quand on le lisait à voix haute on se prenait un raz de marée de figures baroques, maelstrom foisonnant de références vous arrivant en pleine face. Sans rien y comprendre mais avec ravissement je lui demandai souvent de me relire ça une deuxième fois. Cette sensation de la phrase finement ciselée me plaisait. J'étais incapable d'une telle rigueur. J'admirais le travail. Moi qui n'ai jamais su écrire qu'en lâchant la bride et sans mesure j'ai toujours eu une profonde admiration pour les orfèvres et les artisans d'art. On entendait chez Franck souffler le four du maître forgeron. Celui de la belle ouvrage. Frank a finalement choisi de devenir gardien de prison et n'est jamais devenu écrivain. Aucun éditeur n'a daigné offrir au plus grand nombre cette prose ahurissante. Cet esthète aurait pourtant envoyé au pilon une bonne partie des petites feuilles bien élevées qui polluent aujourd'hui les librairies. Nous nous sommes perdus de vue mais je réalise à l'instant qu'il a peut-être un blog quelque part sur le net où se délivre pleinement son talent.  Tu vois, je ne t'ai pas oublié Franck.

Mon style était plus cinématographique. On y sentait d'ailleurs l'influence de 37,2 Le Matin le film de Beneix qui avait totalement transcendé le chouette bouquin de Djian. Ce film m'a marqué parce qu' il est arrivé pile au bon moment. Une liberté de ton et de forme et un sens du drame enchanteur qui en font aujourd'hui encore une belle tranche de ciné bien vivante. A l'époque j'étais comme Zorg. le personnage principal. Jeune écrivain sans éditeur, je parlais à mon chat et j'écrivais déjà  la nuit, le plus souvent en caleçon, sur la table de la cuisine pour ne pas réveiller ma femme qui dormait dans l'unique chambre-salon.

Je dois quand même préciser, pour ma petite gloriole, que la nouvelle Dans les bras de la Nuit, court texte de trois pages qui donnait le titre au recueil, me valut un prix international de la nouvelle organisé par une association baptisée "Art-Phare". Là encore, je me souviens m'être précipité chercher mon prix à Bordeaux. Je crois bien que j'avais encore ma chemise blanche. La récompense consistait en un bon bon petit repas au resto et un pochon plastique avec plein de livres dedans. Ce coup-ci un représentant fatigué de la presse quotidienne régionale est bel et bien venu se fendre d'une photo de notre glorieuse assemblée. On pouvait y voir un jeune à l'air complètement paumé entouré d'amoureux des belles lettres aux pantalons trop courts et aux pulls trop petits.

L'autre influence majeure de mes premiers écrits fut également le film Paris-Texas. On n'avait jamais filmé la route et l'Amérique comme ça. Il est à la racine de ma passion pour les road movies, les histoire de mecs qui foutent le camp et les amours déchirantes. Chaque plan parle directement à mon coeur. Wenders n'a jamais fait mieux, et pourtant j'adore ce type. Je place même celui-ci un petit cran au-dessus de son suivant : Les Ailes du Désir. Miracle de poésie sur les anges qui me fit acheter et porter longtemps un manteau noir. Un look d'ex-ange que j'ai arboré jusqu'à la trentaine.

Mais, ça, c'est carrément une autre histoire....

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                                         Les Ailes du Désir - Wim Wenders (1987)

 

 

 

 

Retrouvons nous pour l'épisode 4 !

En voici sans plus attendre un joli petit extrait :


 

 

 

 

 

 

Épisode 4

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01/01/2017
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