LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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LE PRINTEMPS AU SEC épisode 6

DE LA RADIEUSE MÉLODIE DU TRACTEUR EN PLEINE DESCENTE ( ou comment ne plus craindre l'orage en gardant le cap sur l'essentiel)

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Le son qui la réveille est  celui de la plume de James Matthew Barrie grattant le papier.

Un si petit bruit pour un aussi grand génie, pense t'elle.

Une musique minuscule pour un créateur déverrouillant la porte d'un univers neuf et sans limites.

L'écrivain aux grands yeux tristes se redresse en fixant Denise, alanguie sur un siège Duchesse au bois finement sculpté. Même le sourire de cet homme semble venir d'ailleurs.

Résonne le grondement sourd de l'océan.

- Vous écrivez sur les sirènes... Ose t'elle.

J.M Barrie hoche la tête.

- Et vous-même, en avez-vous rêvé?

- Probablement, répond Denise en étirant ses longs bras.

L'homme reprend son ouvrage et elle demeure un long moment à le regarder écrire.

Puis elle se décide de nouveau à l'interrompre.

- Votre Peter Pan ne m'a jamais quittée. Et je n'ai que respect et admiration pour ce que vous avait fait pour les enfants malades, monsieur Barrie.

L'écrivain lui répond alors, l'air affectueux.

- Un instant lorsque vous dormiez je me suis souvenu de ma mère. Votre visage a pris soudain l'expression de quelqu'un qui a perdu un grand morceau de sa vie. Veuillez pardonner mon indiscrétion, mais est-ce le cas?

Sa voix est si douce que Denise se sent glisser en confidence.

- Disons que je me suis débattue trop longtemps dans une existence qui n'était plus la mienne. J'y ai abandonné beaucoup d'amour de force et d'espoir...

- Vous ne rêviez plus...

- Des rêves, je n'en avais plus parce qu'il était plus confortable pour moi de ne plus en avoir et que la peur avait tout dévoré.

- Nous hébergeons tous notre capitaine Crochet, fait le grand écrivain sur un ton amical.

- Pardonnez la naiveté de ma question mais est-ce que vous croyez au bonheur, monsieur Barrie?

- Appelez-moi James, s'il vous plait.

- James, croyez-vous au bonheur?

L'homme baisse les yeux sur son écrit en souriant timidement.

- Le bonheur, ce pays où l'on arrive jamais...

Le Nautilus bascule légèrement, la mer semble l'inviter au dialogue.

James montre alors le plafond d'un air amusé.

Il ressemble soudain à un petit garçon.

- Seul le voyage compte, très chère Denise.

 

 

 

 

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C'est alors qu'Hugo parvint au sommet de la montagne.

Ce qu'il percevait jusque là comme la rumeur de l'océan était la fin du monde.

Il n'y avait brusquement plus d'horizon.

Le chevalier prit une profonde inspiration.

C'est ici que s'achevait le solide de son univers.

D'un bord à l'autre ce cette ultime portion de Terre s'étendait une forêt impénétrable de bambous ondulant sous le vent et basculant brusquement sur un azur au bleu profond et sans limites.

Seul le mouvement des centaines de millions de feuilles au vert radieux renvoyait l'écho d'une marée qui n'existait pas. 

 

Il suivit le sentier de longues heures, à la recherche d'un passage à travers cette miraculeuse expansion d'une nature dense et bruissante. Sa patience fut récompensée.

Un chemin fuyant vers le bord de la Terre s'ouvrit soudain.

Une petite pancarte en bois ou était écrit "panorama fin du Monde" lui confirma qu'il était sur la bonne voie.

Il s'avança sous l'ombre dansante des bambous.

Deux cents mètres plus loin il parvint sur un vaste espace ouvert sur le grand bleu du ciel.

L'étrange forêt s'arrétait net. Son avance stoppée par de longs murets de pierre.

- Hello, mister !

Hugo sursauta.

Sur sa droite un homme de forte corpulence et à moitié chauve se tenait sous l'auvent d'une camionnette et lui faisait signe de s'approcher.

Au dessus du véhicule était inscrit "frites et sandwichs 24h/24"

 

- Qu'est ce que vous prendrez?

Hugo descendit de cheval et s'approcha, totalement incrédule.

Le gros type enchaina :

- Vous allez sans doute être un peu surpris mais je n'ai plus que du soda à vous proposer.

Le chevalier éclata de rire en pointant son doigt vers l'enseigne.

- Avec une portion de frites et un sandwich ce sera parfait ! Mais d'abord expliquez-moi ce que vous pouvez bien foutre ici!

L'homme sembla étonné.

- Ben, je vends des frites...
- Mais pour qui, diable?

L'homme indiqua l'espace autour de lui.

- Ben dès qu'il y a du passage, tout le monde est bien content de me trouver.

Il saisit un verre l'essuya, ouvrit une bouteille d'Orangina et servit Hugo.

 

-  Et qui peut bien venir ici?

- Souvent des types comme vous, genre chevalier errant.

Le commerçant attrapa ensuite une baguette de pain, la coupa en deux, découpa deux longues tranches et prépara un jambon-beurre en quelques habiles mouvements de couteau.

- C'est vrai que je ne suis pas mécontent de vous trouver. déclara Hugo.

- Je me doute. C'est un long voyage pour arriver jusqu'ici.

Le chevalier acquiesça.

- Oui, des semaines seul, à parcourir le désert, manger des galettes de céréales et de la viande séchée. Ce n'est pas toujours réjouissant.

- Pas de bobos, ni de mauvaises rencontres?
- Non, j'ai cheminé sans encombre. Le seul ennemi c'est la solitude.

Le commerçant émit un petit rire étouffé.

- La solitude, je m'en suis fait tout un plat au début et puis je m'y suis habitué. J'aurais même du mal à m'en passer aujourd'hui.

Hugo attrapa son sandwich et se tourna vers la forêt de bambous autour d'eux.

 

- Et tout ça a poussé comme ça?

L'homme déposa la barquette de frites et répondit d'un haussement d'épaule:

- Ça non, c'est l'autre qui a fait ça.

- L'autre?

- "l'Homme qui plantait les bambous" enfin, c'est comme ça qu'on l'appelait. Il y a consacré toute sa vie.

Hugo resta sans voix. Le commerçant reprit :

- Autrefois les arbres finissaient toujours par se casser la gueule dans le vide et ce type a découvert que les racines de bambous fixaient le sol, le protégeaient de l'érosion. Sans lui, aujourd'hui je n'aurais jamais pu garer mon camion ici et probablement que c'est toute la montagne qui aurait basculé !

- Incroyable...

L'homme essuya son plan de travail et resta songeur.

- Ouais, ce type a sauvé le monde.

Hugo contempla longuement les hautes tiges ployant sous la brise.

 

- J'aurais aimé rencontrer un homme comme lui.

Le vendeur de frites répliqua aussitôt :

- Hey, J'emploie l'imparfait mais rien ne dit qu'il est mort. On raconte même qu'il est toujours au travail, très loin d'ici et que des tas de gens l'auraient rejoint pour aider à l'ouvrage. Et vous, Monsieur, qu'est-ce qui vous amène ici?

Hugo se redressa et attrapa une frite. Il n'en fit qu'une bouchée.

- Oh, c'est une très longue histoire que j'aurais bien du mal à vous expliquer. Disons que je dois sauver quelqu'un d'une profonde maladie de l'âme et que j'ai rendez-vous au bord du monde pour rencontrer quelqu'un qui devrait me conduire à ce quelqu'un...

- Hmm, je vois c'est assez complexe mais je saisis l'idée.

Hugo soupira avant de retrouver son sourire.

- Elles sont rudement bonnes vos frites.

Le commerçant croisa les bras sur sa poitrine en levant le menton.

- Oui, cher Monsieur,  c'est que, voyez-vous, je tiens à ma réputation !

 

 

 

 

 

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U.S PARADISE

Secteur 101

 

 

La pluie tombait drue sur l'avenue.

Une collection ahurissante de bagnoles américaines des années 50 et 60 étaient garées devant le Diner.

John Ford poussa la porte et la chaleur du lieu lui fit oublier instantanément le déluge glacé du dehors.

Une foule de doux et douces rêveuses étaient attablés ou accoudés au bar et sirotaient peinards.

Le Juke-box d'époque jouait le "Runaway" de Del Shannon.

Il s'installa à sa place habituelle près de la fenêtre et s'alluma un cigare.

 

Un vieil ange-serveur s'approcha à pas lent.

Ses ailes aux pointes jaunies trainaient par terre.

- Bonsoir, m'sieur Ford. Comme d'hab? le meilleur?

L'ex réalisateur secoua la main en guise d'assentiment.

L'ange fit demi tour en faisant couiner ses chaussons et retourna tranquillement derrière le bar

John fuma longuement en contemplant les volutes l'oeil absent.

 

Au bout d'un certain temps, le vieil ange se repointa tout doucement, un verre à la main.

Le déposer sur la table lui demanda également un certain temps.

- Et voilà, le Rye Crown Royal de Monsieur.

- Hé ouais, mon vieux pote. Production Canadienne

- 100 % seigle toussota le vieil ange

- Absolument, Sam. Santé!

Le serveur dodelina de la tête et, paisiblement, retrouva son chemin vers le bar.

Le Juke-Box enchaina sur le "Yakety Yak" de The Coasters.

La pluie tambourina de nouveau contre les vitres.

 

John Ford considérait qu'il n'avait jamais bu meilleur Whisky.

Il se demanda une nouvelle fois pourquoi il avait tant attendu avant de mourir.

Tout sourire, il se tourna vers Sam en levant son verre.

Le vieil ange lui rendit son sourire en agitant doucement la main.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 Épisode 7 ou 8

                                                                  
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28/07/2017
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