LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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LE PRINTEMPS AU SEC épisode 2

UN PEU DE FARINE ET QUELQUES LARMES SUFFIRONT POUR TENIR JUSQU'À DEMAIN

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Heureusement, au milieu de tout cette vaine et désespérante agitation, l'Écosse restera toujours la terre du Whisky.

On ne triche pas avec un Single Malt.

Rassurez vous, je ne suis pas en train de vous raconter n'importe quoi ou de partir en vrille. J'explique en mots simples que la seule réalité tangible est celle que l'on extirpe du terroir avec force travail et patience. Le reste, ce ne sont qu'ornements, constructions habiles, subtils détours, drames, instants de joie, architectures éphémères et vains épanchements de l'ego. Une fois que l'on a bien compris ça, on peut voyager léger.

C'est : inspirer une profonde bouffée de silence, partir en balade, prendre des photos, regarder danser les arbres, s'écouler les rivières, se passer en boucle de bons vieux standards, jouir de l'ombre et du soleil, titiller la mémoire des aimés disparus, tenter un barbecue, se préparer une salade avec plein de trucs dedans, faire l'amour ou se poser dans un coin pour boire un coup, fumer, savourer une tranche de jambon italien ou, plus simplement, retourner se coucher.

Perso, compte tenu du fait qu'il fasse une chaleur de dingue et que j'ai horreur de me faire suer, j'ai décidé de rester enfermé pour écrire l'épisode que je préfère: L'épisode 2 !

- Tu vas écrire?

- Oui, Puce. J'en ai besoin

- Ok, mon amour

 

Oui, j'ai toujours eu un faible inébranlable pour les épisodes 2.

Parce que c'est "le premier truc qui vient après".

Alors installez-vous confortablement et laissez vous aller, parce que celui-ci je l'ai laissé venir sans le voir arriver et je n'en ai pas encore pleinement saisi le sens. Mais, souvenez-vous, heureux lecteur du best-seller l'Hiver au Chaud, que j'ai fait une promesse au Roi-souffleur. Faire résolument confiance à ces heures magiques où l'esprit part en fugue.

plaisir d'allumer un feu, lâcher son cerf-volant et foutre un peu le bordel là-haut.

Let's go.

 

 

 

 

- Avant de partir il te faudra écoutez la chimère, avait déclaré le Roi-Souffleur

Hugo s'était alors débarrassé de son apparence de chevalier pour franchir une des outre-portes de la demeure du Roi.

Le temps d'un coup de tonnerre il fut présent en Vienne-la-somptueuse où, au pied du plus célèbre du musée de la ville, patientait depuis toujours l'étrange animal.

Il eut la bonté de le prendre une photo rien que pour toi, ô lecteur attentif.

 

 

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Il s'adressa sans plus attendre à la blanche statue.

- Que vois-tu pour moi, ô chimère au secret discours

Puis Hugo ferma les yeux et laissa la réponse s'écrire.

Ce n'est qu'après que la voix de la chimère, rocailleuse et chevrotante, ponctuée de longs silences, résonna dans son esprit.

- Au heures les plus obscures de la nuit... briller la lumière au coeur de la dernière forêt des terres vertes tu verras... D'un feu de sorcières hilares apprenant à voler jusqu'au dessus des cimes il s'agira... À leurs jambes tu t'accrocheras... La course des étincelles qui de leurs doigts crochus jailliront des yeux tu suivras.

Et ce fut tout.

Hugo trouva que c'était un peu cher le voyage pour si peu, mais confiant il regagna une "outre-porte" et rejoignit la demeure du Roi.

Il fit route dès le lendemain. Sur un cheval plus rapide et solide, de marque allemande.

 

Et les prédictions de la Chimère se réalisèrent.

Parvenu, au coeur de la nuit, au plus sombre de la dernière forêt des Terres Vertes, il aperçut la danse lumineuse d'un grand feu à travers les ombres emmêlées des branches. Il chargea vaillamment et s'agrippa aux jambes maigres des sorcières tournoyantes en suivant des yeux les nuages d'étincelles s'échappant vers les solitudes bleues du Grand Nord.

Lorsqu'il fut sûr de la direction à prendre il se laissa tomber en plein vol dans les hautes et épaisses branches d'un arbre et siffla son cheval qui mit quelque temps avant de le retrouver.

Partout où les étincelles venaient s'éteindre une tache de lumière de la taille d'une mouche se dessinait sur le sol.

Il suivit ces fines gouttes de feu toute la nuit durant

Comme le jour se levait il découvrit, à demi-endormi, que les traces l'avaient conduit jusqu'au Village Blanc.

Dernières habitations avant le grand désert.

Hugo avait abandonné loin derrière lui et depuis plusieurs heures déjà bouquets d'arbres et collines ondoyantes. La pierre et le sable dévoraient à présent le paysage. D'imposantes crevasses le contraignait à effectuer de longs détours.

Le souvenir des terres de son paisible terroir ravivèrentt en lui la nostalgie de ses chevauchées en compagnie de son ami de toujours, au coeur de paysages alors colorés d'abondance et d'aventures.

Le visage du chevalier s'éclaira un instant à l'image du grand, mince et blanc Ferrand.

L'ami calme et mesuré, aux sourires francs et à la combativité inébranlable. Leur amitié, parfois distante au cours des années mais toujours loyale et profonde avait pris racine au plus jeune temps de leur enfance. C'est lui, Ferrand,  qui le premier avait rassuré Hugo à son entrée dans l'antre froide du temple du savoir et des combats. C'était là le tout premier souvenir d'Hugo alors âgé de quatre printemps. Sa mémoire ne l'emmenait point au-delà. Les apprentis chevaliers avaient grandi comme deux frères.

La tête en rêverie et les inconstances d'Hugo amusaient son droit et rigoureux ami. Ils avaient, malgré tout partagé l'insolence, la moquerie et la légèreté. L'élan flamboyant du temps des jeux et batailles imaginaires musclaient leurs journées d'enfants guerriers, insufflant à toutes les âmes dont ils avaient déjà la garde la folle énergie d'un imaginaire délivré. Ce précieux courant qui, envoyé dans le coeur des hommes, incite à  toutes les conquêtes.

Plus tard, les errances d'Hugo dans les terres étranges qu'il se plaisait à parcourir le conduisirent longtemps et souvent loin des  clairs et droits chemins de son ami mais, toujours, le temps d'une lune ou deux, ils se rejoignaient et leurs rires résonnaient de nouveaux. Le rire de ceux qui ont grandi côte à côte.

Malade, Ferrand avait depuis quelque temps rejoint l'ile bleue. Il s'était retiré, loin de tout regard. Là où s'évanouit la parole et s'éteint doucement l'éclat des armures. L'ile ou triomphe la nature sur le corps. Là ou s'effacent les passions comme les tourments. Jusqu'à rejoindre le grand calme des forêts et le puissant silence de la terre. L'âme de son ami quitterait bientôt les terres connues, Hugo le savait. Cette seule pensée asséchait ses pas et lui retirait l'envie de combattre. Hugo, être changeant et taiseux, comptait peu d'amis et la présence dans sa vie de sa poignée de fidèles compagnons lui était précieuse. Le chevalier avait encore besoin de lever haut son épée dans les terres désolées et les terreurs qui l'attendaient au-delà du Grand Nord. Là ou finissent les terres solides...

Aussi il redressa la tête et laissa le chant de la plaine l'envahir.

Il parvint à l'entrée du village.

Petites maisons trapues au murs blanchis de chaux.

La sonnerie d'un téléphone portable le tira de sa torpeur. Son cheval rua dans la poussière et brassant la lumière du matin. Une vieille dame s'approcha du chevalier en lui tendant l'appareil.

- ... Je crois que c'est pour vous

Hugo inclina la tête en guise de remerciements et se saisit du téléphone.

- Allo?

Le crachat du vent dans le combiné se fit entendre.

Puis la voix d'une jeune femme.

- Je suis désolée de vous déranger, comme ça, en pleine quête, mais je dispose d'une information qui peut, je crois, vous intéresser.

Le soleil brilla le temps d'un éclair sur le pommeau de sa selle et lui fit cligner des yeux.

- Excusez-moi, qui êtes-vous exactement?

- Je n'ai pas de nom. Je suis ici à présent et suis ailleurs aussi.

- Je vous écoute

Le silence s'étira quelques instants avant que l'inconnue ne reprenne la parole

- J'ai besoin de votre aide et cela concerne l'âme dont vous avez la garde.

- Vous êtes...

- Je suis son ange gardien.

Le haut-parleur étant activé la petite dame qui avait apporté l'appareil ouvrit grand les yeux pour marquer son étonnement.

- Alors vous savez où mon âme se trouve? reprit Hugo

- Je perçois sa lumière mais j'ignore comment la rejoindre. J'ignore même si un chemin existe.

Hugo prit une profonde inspiration. 

- Madame, il existe toujours un chemin. Aussi ardu et périlleux soit-il

Il eut alors l'impression "d'entendre" la jeune femme sourire.

- Alors j'ai vraiment besoin de vous.

- Je suis surpris d'apprendre que les anges ont besoin de suivre un chemin

- C'est que voyez vous, Hugo, mes ailes m'ont été arrachées il y a bien longtemps. Je n'étais qu'une enfant. La repousse est lente et douloureuse. Je ne parviens pas encore à les déployer.

Alors cette femme avait combattu. Une immense estime avait brusquement gagné le coeur d'Hugo. Quel ange peut survivre sans ses ailes sinon un ange guerrier? Tous les chevaliers-souffleurs appartenaient à la caste des résilients. Et cette ange en était une digne représentante.

Elle connaissait son nom et cela aussi faisait sens.

Il se redressa et son regard se porta sur un fin collier de nuages s'évaporant doucement au dessus de l'horizon

- Où dois-je vous rejoindre?

 

 

 

 

 

 

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Son nouveau visage lui plait.

Les cheveux courts lui redonnent de l'élan.

- Même chauve tu resterais hyper féminine. T'as la grâce, Denise. Insiste Bernard, en enfilant son costume de lapin.

- Toi t'as encore pris du poids, ce mois-ci

- On s'enrobe comme on peut...

Puis, le gros type sautille jusqu'au grand tableau accroché face au lit. Dans un tourbillon impressionniste, la peinture représente une grande bâtisse, au coeur d'une forêt haute et profonde.

D'un bond, Bernard plonge dans l'oeuvre et disparait dans les ombres abstraites du fouillis d'arbres et de taillis.

 

Denise éteint la lumière, ouvre la fenêtre et allume une cigarette.

Elle fume lentement, en regardant scintiller la circulation du périphérique.

La canicule se dérobe et la fraicheur arrive enfin.

Au bout de quelques minutes le Side-car fait son entrée sur le parking de l'hôtel. Un grand type baraqué descend de la moto retire son casque et son visage peu aimable se tourne vers Denise.

- Zampano... chuchotte-t'elle

L'homme esquisse un sourire maladroit et lui fait signe de descendre.

 

Elle aime sentir la route filer comme un torrent.

La lune est pleine et les étoiles libres dans la nuit sans nuages.

Les paysages dessinent des corps immenses et sombres qui s'étirent avant de s'enfuir et disparaitre.

Villes désertes et villages éteints où fuguent les secrets.

Camions endormis sur le rivage des stations-services où l'on éclaire le silence.

 

Ils roulent ainsi jusqu'à l'aube.

Jusqu'à ce qu'elle sente monter la présence de l'océan.

Et lorsque enfin l'horizon lui ouvre grand ses vagues, elle se surprend à rire comme une petite fille.

Toutes ses guerres s'achèvent ici.

Là où finit son monde ancien.

 

 

 

 

 

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Épisode 3

 

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18/06/2017
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