LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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L'HIVER AU CHAUD épisode 8

ÇA PARAIT VACHEMENT LOIN, MAIS PAS TANT QUE ÇA, QUAND ON Y RÉFLÉCHIT BIEN (où comment, mine de rien, on est déjà rendu à l"épisode 8 !)

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En avançant vers l'étang je tends un peu le dos. Persuadé de trouver toute une bande de canards gelés, les pattes prises dans la glace. Heureusement, ils se sont probablement envolés à temps.

- Tu regardes trop de dessin animés, Francisco. Ça peut pas geler un canard. C'est taillé pour les grands froids.

- Tu as raison, Puce.

- D'ailleurs, si on doit  parler des animaux qui n'ont jamais froid, les canards sont en tête.

-  Oui, c'est rapport à leurs plumes, je crois.

- Pas vraiment. C'est leur circulation sanguine qui s'adapte au grand froid. J'au vu ça dans un doc. Le sang est limité aux extrémités pour mieux être renvoyé vers le coeur et les transformer en petite chaudière...

- C'est fou. 

- C'est la nature, Francisco.

La lumière est belle, alors je shoote.

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J'ai déjà pas mal marché pour aller à la Fnac chercher Le Décalogue de Kieslowski, une heure plus tôt, aussi ma foulée commence à devenir lourde après une heure à crapahuter dans les bois. J'ai vu sur mes mails qu'il y avait une alerte aux particules fines. Je me trouve alors la respiration un peu sifflante.

- Puce, je crois que la pollution commence à agir sur moi.

- C'est l'âge, Francisco. Tu as cinquante ans.

Voilà, j'ai réussi à le placer. J'ai cinquante piges depuis ce matin. J'avais carrément zappé. C'est Junior qui me l'a souhaité le premier, quand j'ai passé la tête pour voir si il était réveillé.

- Bon anniversaire, papa !!!!

Je me pointe ensuite devant la glace de la salle de bain. Plus de cheveux, le bouc blanc. Le même qu'hier soir. Je me prends une bonne douche puis je descends foutre les chiens dans mon petit jardin de curé, faire chauffer de l'eau, préparer le café et découper les tartines. Puis je vais sur Facebook poster une photo de Puce et moi en inscrivant "50 ans!!!" C'est important les points d'exclamation. Ça vous donne, sans forcer, une pêche de dingue. 

- Oh non, tu es encore sur ce truc d'égocentriques! Me lance Puce, toute menue dans son pyjama.

Je dis souvent que je suis sur Facebook uniquement pour communiquer avec ma ma fille Carla, qui finit ses études au Canada. C'est pas faux mais c'est vrai aussi que je suis un chouille égocentrique. Mais attention, je suis un égocentrique avec ce qu'il faut de dérision pour rester fréquentable. Je suis bien conscient que lorsqu'on lève la tête on ne peut pas voir le sommet de quoi que ce soit et que vu de là-haut on doit bien faire marrer le type, ou la fille, qui est derrière tout ça. Mais on peut aussi s'imaginer au milieu du Grand Tout avec notre minuscule pierre à déposer quelque part.

- Ça te fait quoi d'avoir cinquante ans, papa?

- Ben en fait, tu vois, ça fait un an que je dis à tout le monde que j'ai cinquante ans. Du coup, je suis méga prêt. 

- Il est parfait, le café, fait Puce.

Je suis fou de joie. Ma grande fille Carla vient de me poster une vidéo ou elle me souhaite un Happy Birthday avec tous ses potes d'université. Elle est en résidence avec des étudiants des quatre coins du globe aussi j'ai droit à des bons anniversaires dans tout un tas de langues avec des accents ravissants. C'est tout Carla. Elle ne fait jamais les choses à moitié. Il faut préciser que malgré ma défaillante paternité et ma capacité d'écoute limitée elle a grandi avec le mantra que "tout est possible, ma chérie". Elle a bien saisi la portée du message et s'est envolée comme une conquérante du haut de son adorable petit mètre soixante. 

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Quand ma fille me manque trop, je porte le tee-shirt qu'elle m'a offert pour Noël. Sauf que là, il est tout au fond du panier de linge sale. Pour me consoler je vais aller m'occuper d'elle. Ma mission : Je dois absolument aller lui chercher au plus vite un extrait d'acte de naissance et lui envoyer par fax. Tous ceux qui me fréquentent savent que je ne plaisante pas avec les démarches administratives. C'est une épreuve que je prends très au sérieux. Je fais une série de pompes, quelques "développé couché" sur le banc de muscu du fiston puis après avoir emporté avec moi tout ce qui justifie mon identité et confirme que je dispose bien d'un domicile je file en mairie avec à peu près la même démarche que Tom Hardy dans The Dark knight Rises. Je suis alors, dans ces rares moments citoyens, au top de ma concentration. Et je pense que ça doit se voir. Tous les agents sont toujours très gentils avec moi lorsque j'accomplis ce genre de parcours. Ça ne traine pas. Je me retrouve en deux temps, trois mouvements, avec deux exemplaires de l'extrait. Tout s'est déroulé avec une facilité déconcertante. Je réalise alors combien j'ai gagné en efficacité et en sagesse. Pour fêter cela je décide de filer à la Fnac, m'offrir la version restaurée-Blu-ray du Décalogue de Kieslowski. Ce qui nous ramène à l'étang gelé sans canards.

L'objectif sur mes jours de repos est de faire 10 000 pas. Histoire de garder la ligne. Je vais donc les faire. Mais je suis assez content d'arriver vivant à la voiture malgré l'invasion des particules fines. Les chiens sautent dans le coffre et on rentre se mettre au chaud. Je me dis que je vais sans doute écrire en écoutant un peu de Soul. La Soul est un des meilleurs remèdes contre la pollution atmosphérique. Un morceau d'Etta James, R.B. Greaves ou Solomone Burke et vous oubliez bien vite que vous êtes en train d'étouffer. 

Je suis de retour devant mon fidèle Mac. Je lance ma playlist et je laisse tomber la fine pluie des doigts claquant sur le clavier. Vous le savez, j'écris pour retrouver mon rythme. Pas facile de conserver sa cadence au milieu du grand bazar qui s'étale un peu partout dehors. Certains font du sport, boxent, nagent, pédalent, driblent, lancent, soulèvent, escaladent, bricolent, réparent, construisent des trucs, peignent, décorent, coupent du bois, font l'amour, composent un morceau de musique, font de la couture, collectionnent des tas de choses, fument, vapotent, écrivent une nouvelle, picolent, écoutent un concerto pour clarinette et orchestre de Mozart, nettoient tout dans leur maison, cirent leur parquet, préparent une tarte, jouent avec leur chien, font la lecture à leurs bouts de chou, filent s'acheter des revues, écrivent des mails, postent sur Facebook tout un tas de pensées du jour, dévorent l'actualité, twittent, likent, linkent, tandis que, 400 kilomètres au dessus de nos têtes, dans le grand silence, une poignée d'humains en tenue de cosmonautes planent tranquillement au dessus de la Station Spatiale Internationale.

D'autres écrivent tout ce qui leur passe par la tête.

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Quitte à parler d'espace et de temps autant vous narrer l'évènement étonnant auquel nous fûmes, hier, Puce et moi, confrontés. Resituons le contexte et plantons le décor. Nous venons de passer un week-end de trois jours à nous balader, chiner et jouer avec la lumière de la route en écoutant France Musique. C'est notre truc à nous. Aussi, à rouler ainsi, nous avons fini par nous pointer du côté de Nogent-le-Rotrou. Nous avons d'abord repéré toutes les brocantes le long de la route qui serpentait jusqu'au bourg. Nous débouchâmes ensuite au coeur de cette étrange petite cité aux volets clos, au pied d'un château presque aussi haut perché que celui du bouquin de Kafka. J'aurais voulu y grimper mais Puce était trop fatiguée et je ne voulais pas me promener sans elle. Aussi nous avons alors louvoyé un moment dans ce qui semblait être une ville de résidences secondaires pour parisiens en quête d'effacement et de verdure. Une ville aux architectures étonnantes, du médiévales au années 60 avec des épiceries d'époque et des villas proches de celles que l'on trouve en bord de mer. Une ville qui, phénomène pour le moins surprenant et ô combien hypnotique, demeura pour nous vide de tout habitant.

Je me suis garé près d'un somptueux kiosque à musique pour shooter l'instant.

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Et là je bascule au présent Nous nous approchons. Puce a grimpé à l'intérieur. Je la rejoins et je la vois aussitôt s'immobiliser.

- Francisco, regarde...

Elle pointe son doigt vers le sol avec sur le visage le masque de la stupéfaction absolue. Il s'agit d'une affiche à moitié chiffonnée qui à la lecture me flanque le vertige. Je me baisse pour l'attraper et l'étale soigneusement. Je reste un long moment sans voix. C'est une photographie à l'ancienne. Elle annonce, avec force points d'exclamation, "Le spectacle du gros lapin Bernard et de son orang-outan à travers l'espace et le temps !!!!".

Je souffle doucement, histoire d'encaisser le choc. 

- C'est complètement dingue... chuchote Puce.

- Je n'avais encore jamais vécu ça, ma petite chérie.

- Ce que tu écris n'est plus étanche, mon amour...

- J'en ai bien peur.

- Que va t'il nous arriver , mon chat?

- Hé bien ça, ma Puce, Dis-je en me relevant, c'est encore une autre histoire !

 

 

 

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Retrouvons nous bien vite pour l'épisode 9... En voici, sans plus attendre un joli petit extrait:


 

 

 

                                                   Épisode 9

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23/01/2017
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