LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

PATERSON, Ohio Blue Tip

POÈME / BLU-RAY

JIM JARMUSH

paterson-poster-2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 - Poetry in translations is like taking a shower with a raincoat on.

 

 

Des petites phrases magiques comme celle-ci, on en trouve un plein bouquet dans cette merveille qu'est Paterson. Tout commence avec une petite boite d'allumettes Ohio Blue Tip.

Une étincelle et l'amour s'embrase.

L'amour pour une adorable et fantasque femme-fée bondissant d'un rêve à un autre.

L'amour pour une ville que sillonne chaque jour un chauffeur de bus nommé... Paterson. Une manière de rappeler que seuls les poètes, connus ou secrets, portent l'âme d'une ville.

L'amour pour toutes les histoires et les personnages du bar de ce bon vieux Doc, étape quotidienne de la promenade du chien. Doc et son Wall of Fame derrière le bar où sont accrochés les portraits des grandes figures de Paterson comme celui de l'acteur comique Lou Costello ou du poète Allen Ginsberg, Pape de la Beat Generation. Mais les portraits sont partout. Dans le bus, deux gamins évoquent Rubin Carter, natif de Paterson. Boxeur noir enfermé 20 ans en prison pour un crime qu'il n'avait pas commis et qui inspira à Dylan un de ses plus puissant standard : The Hurricane.

Et puis l'amour pour William Carlos Williams, le plus "célèbre" poète de la ville.

 

Ainsi va la vie, de Paterson à Paterson.

Histoires d'un poète et d'une ville.

 

Paterson_film-synopsis.jpg

 

Et les journées se suivent avec tous ses paysages, ses signes, et ces petits rituels quotidiens que la lumière n'éclaire jamais de la même manière. Et toutes ces infimes variations, ces résonances et échappées poétiques, Jarmush les capturent avec une simplicité admirable.

 

Les figures de style s'écrivent directement sur l'écran, en écho aux visages et aux histoires que ce chauffeur-rêveur embarque avec lui. La plupart sont des vers de Ron Padgett, haut représentant de "l'école de New-york" défendant l'impro, les figures libres et empruntant les chemins d'un surréalisme de l'ordinaire.

Paterson c'est toute la grâce minimaliste du grand Jim, de Down by Law, Dead Man ou Ghost Dog, qui ressuscite. Déçu par ses derniers métrage j'ai retrouvé intacte toute la fraicheur, la liberté et l'essentielle simplicité qui faisaient la saveur de  Stranger Than Paradise. Petit miracle en noir et blanc qui en 1984 redonnait d'autres couleurs au cinéma.

 

Depuis, Jarmush est passé au numérique. Une technique qu'il réchauffe ici comme personne. Parce qu'il est essentiel de préciser que l'humour décalé et toute l'humanité de Paterson sont enveloppés dans une photographie absolument divine signée Frederick Elmes. Jarmush retrouve ainsi le chef-op de Broken Flowers. Une pépite que je considérais jusque-là comme son dernier grand film. Chaque image, chaque plan de Paterson invite à la rêverie.

 

34368ccc-7978-429e-97d4-66eacd683f22.jpg

 

Magnifiquement écrit et composé le nouveau poème du grand cinéaste américain est défendu par des acteurs au charme irrésistible.

 

L'élégance un peu gauche et mélancolique d'Adam Driver (Silence, The Force Awakens) fait merveille dans le rôle-titre. La délicieuse Laura, muse de Paterson, profite pleinement de la beauté radieuse de Golshifteh Farahani ( À propos d'Elly, Exodus) Et comment ne pas succomber à l'imposante présence de Barry Shabaka Henley ( Collateral, Miami Vice) dans le rôle du tendre, chic et protecteur Doc, maître des lieux d'un bar de nuit au charme seventies.

Ne partons pas sans citer ce bon vieux Marvin, Bulldog au charme dévastateur (sûr, qu'il séduira nos chers membres Blondie & Spinaltap)

 

marvin_ok.jpg

 

Bref, tout ça pour dire que si jamais vous vous sentez l'âme libre et vagabonde, procurez-vous sans tarder ce trésor.

 

Sans raconter grand-chose, paisiblement, sans coups de théâtre ni téléphone portable, la vie harmonieuse du chauffeur de bus et poète Paterson n'aura aucun mal à conquérir votre coeur et vous abandonner, ravi et apaisé, sur le rivage radieux d'un cinéma que je croyais disparu.

 

 

 

 

 Francisco,

 

 

paterson-20163574.jpg

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Love Poem

 

We have plenty of matches in our house
We keep them on hand always
Currently our favourite brand
Is Ohio Blue Tip
Though we used to prefer Diamond Brand
That was before we discovered
Ohio Blue Tip matches
They are excellently packaged
Sturdy little boxes
With dark and light blue and white labels
With words lettered
In the shape of a megaphone
As if to say even louder to the world
Here is the most beautiful match in the world
It’s one-and-a-half-inch soft pine stem
Capped by a grainy dark purple head
So sober and furious and stubbornly ready
To burst into flame
Lighting, perhaps the cigarette of the woman you love
For the first time
And it was never really the same after that

All this will we give you
That is what you gave me
I become the cigarette and you the match
Or I the match and you the cigarette
Blazing with kisses that smoulder towards heaven

 

Ron Padgett

 

 

 

 

640_425873.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

 

 

 

 

81v57fFztJL._SL1500_.jpg

 

 

PATERSON

2016

2H

LE BLU-RAY : Un tranfert HD immaculé. C'est tout simplement magnifique !!! Quand l'indé fait dans le top-démo on se dit que la HD laisse aussi voir l'âme des choses.

Director:

Writer:

 
 
patersonM403717.jpg


26/04/2017
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi