LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & CO.

LES CHRONIQUES CINÉ DE  FRANCISCO & CO.

LENNY, mort de rire.

DRAME                                                  BLU-RAY

BOB FOSSE

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"Fuck you." Never understood that insult, because fucking someone is actually really pleasant. If we're trying to be mean, we should say "unfuck you!"

(Lenny Bruce)

 

1966. Lenny Bruce, pape du stand-up à l'humour ravageur, franchit définitivement la ligne Blanche. Harcelé par la justice pour obscénité, conspué par la bien-pensance (déjà) Lenny s'envole et devient un mythe. Celui du seul contre tous. Porte-parole de la seule vraie liberté de penser. Celle qui ne craint pas de prendre quelques beignes en foutant par terre dogmes et idées reçues. Un film culte comme MASH est habité par l'esprit de Lenny. Les années 70 ont surfé dessus. Cité par tous les artistes et adeptes du décrassage neuronal.

 

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Voilà pourquoi deux immenses artistes comme Bob Fosse et Dustin Hoffman ont tout donné pour transformer ce biopic en pur joyau. Dans un noir et blanc Fellinien signé du chef-op Eastwoodien Bruce Surtees (L'homme des hautes plaines, Josey Wales, Honkytonk Man) magnifiquement servi par cet admirable transfert et packaging Blu-ray, Lenny resplendit comme jamais aujourd'hui. La bien-pensance tous azimuts et la connerie triomphante, on connait et on en crève désormais. Voilà pourquoi revoir ce film aujourd'hui fait du bien partout.

Lenny est donc devenu à la fois un classique et un film nécessaire. Le portrait "ascension et décadence" d'un type mort de n'avoir fait aucune concession. Comique crucifié, incarné de la pointe des cheveux jusqu'au plus profond de l'âme par un Dustin Hoffman plus actor studio que jamais. Modèle de fusion au rôle, il fut pourtant imposé par la production, Bob Fosse ayant d'abord souhaité un autre artiste de stand-up, le royalement inconnu Bob Gorman. Vive les producteurs ! Le bonheur nait parfois dans la contrainte. Hoffman nous offre, pour moi, un de ses meilleurs rôles. En 1974, sa filmo affichait déjà quelques perles : Le Lauréat, Macadam Cow-boy, Little Big Man, Les Chiens de Paille ou Papillon ! Ici cet acteur prodigieux cesse de faire du Dustin Hoffman : comment ne pas rester scotché face à cet incroyable plan-séquence, au cours du dernier acte, ou totalement sous influence, à moitié nu, Lenny titube devant son public, cherche ses mots, tourne le dos à la caméra, s'assoit dos au public et monologue de la plus pathétique des manières... On ne fait qu'apercevoir l'acteur mais l'intensité de la scène ouvre grandes les portes du final. Jamais les ténèbres n'ont semblé aussi proches. Un immense numéro d'acteur, jusqu'au non-jeu. Refus de la posture ou du numéro tripal à l'épate, son incarnation est porté par des choix de mise en scène magistraux.

Bob Fosse fut un des piliers de cette prodigieuse décennie que furent les années 70. Après Cabaret et avant All That Jazz, Lenny allait constituer un fascinant chapitre de sa trilogie du spectacle. La grande lessive de la vie et de l'histoire mais côté scène, sous le regard cruel des projecteurs. Écriture, photographie, montage, la partition se déroule ici avec une fluidité merveilleuse. Le principe du "film par témoignages"ouvrant à toutes les audaces tant au niveau des différents points de vue que de la temporalité. En cela Lenny reste encore, plus de quarante après, d'une rafraichissante modernité tant dans son art du récit que dans sa construction. Le résultat est un film viscéral et vigoureusement déprimant. La lumière tranche directement dans la nuit la plus épaisse au coeur de ces clubs de seconde zone et bars à strip, où Lenny "grandit". Un monde qui restera le sien jusqu'à la fin. Ce monde du spectacle ou l'âme se délivre en riant, en chialant ou en se défonçant, le réalisateur de Cabaret excelle à le rendre fascinant, lui qui fut également comédien et chorégraphe. Il y a dans Lenny quelque chose de morbide mais exprimé avec l'élégance et la poésie des plus grands compositeurs. Il m'a fallu attendre le Birdman d'Innaritu avant de ressentir pareilles vibrations.

 

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Il faut donc redécouvrir Lenny.

Film un peu oublié et qui fut pourtant un gros succès public et critique à l'époque de sa sortie. Imaginez un peu, une période où le public se rendait en masse voir des films qui bousculent et nourrissent l'esprit ! Un "Succès qui ne profita à personne" comme le rappelle Samuel Blumenfeld dans Seul en Scène, son passionnant ouvrage bourré d'anecdotes et de chouettes photographies, joint au coffret. Très beau travail éditorial. Dustin Hoffman allait atteindre ici son point d'incandescence avant une suite de carrière plus "traditionnelle". On y apprend également que Bob Fosse, cinq jours après la sortie du film, épuisé, partait au bloc opératoire pour un pontage cardiaque. L'actrice Valérie Perrine, qui joue ici divinement la compagne stripteaseuse paumée et camée de Lenny (prix d'interprétation féminine au festival de Cannes 75) n'allait plus faire que de la figuration ou resté confinée tout le reste de sa carrière au rôle de ravissante idiote. Il faut croire qu'il y a des chefs-d'oeuvre qui portent la poisse. Une vérité qui ferait bien marrer Lenny.

 

 

 

 

 

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Let's be clear ! (extrait)

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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   Bob Fosse

 

 

 

 

 

 

 

 

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LENNY

1974

1H50

LE BLU-RAY :   Un trésor ! Merci WildSide ! le film que je n'attendais plus ! Lenny, c'est un peu le Saint-Graal pour tous les amoureux du cinoche américain des années 70.  Verdict : Pas de lissage, ni autres correction artificielles à l'horizon. La restauration est épatante. C'est du tout bon. Le niveau de détail ravit et la précision est presque toujours au rendez-vous hormis quelques flous inhérents au tournage. Contrastes irradiants pour cette photographie en noir et blanc à l'image du film : rude et marquante éclairée au contre et à la poursuite. Gestion du grain admirable. Chapeau bas. Un bonheur n'arrivant jamais seul en scène, le bouquin de Samuel Blumenfeld livré avec le film est bourré d'anecdotes et chouettes photographies. A fuckin'good time en perspective !

Director:

Writers:

(play), (screenplay)

 

 

 

 

 

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27/04/2016
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