LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

LE PRINTEMPS AU SEC épisode 7 ou 8

NE PLUS Y CROIRE C'EST Y CROIRE ENCORE, MAIS DÉSESPÉRÉMENT (ou comment j'ai finalement retrouvé le véritable épisode 7 qui n'est qu'une "brève" de théâtre... mais c'est mieux que rien)

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BATEAU SUR L'EAU

 

 

 

 

 

Le plateau s'éclaire.

Lumière au ras du sol

L'actrice recule vers le bord de la scène, dos au public et ouvre grand ses bras.

 

 

- L'océan !

C'est un petit bout du monde à une poignée de centaines de kilomètres.

Quelques heures de route, avec de la bonne musique, et voilà.

J'y suis.

"Ainsi finit le monde, bande de nazes."

 

Long silence.

Le bruit de l'océan monte doucement

Puis le silence revient.

 

- L'océan, ça ressource?  Arrêtez. C'est juste une impasse, spacieuse et bien ventilée, où prendre la mesure de notre dérisoire agitation. C'est ça la mer, au fond.

(Elle se marre)

Attention, Je ne suis pas en train de vous dire que c'est un sentiment plombant.

Bien au contraire.

J'ai les pieds dans le sable, la paupière lourde et le cerne triste MAIS, en général, là, ici, c'est l'instant où je réalise que la vie ne mérite absolument pas l'attention délirante qu'on lui porte.

Et rien que de se dire ça, ben, on se fait du bien partout, voyez-vous

On dépose toutes ses petites affaires puis on voyage léger.

 

L'actrice prend une profonde inspiration.

 

- Seuls, nus et au milieu de nulle-part, retrouvons notre juste place!

 

Elle laisse retomber ses épaules.

 

- Ouais... retrouvons notre juste place.

Il faudrait graver aux frontons de chaque mairie et de préfecture : "Notre présence sur terre est éphémère et purement accidentelle, prière de ne rien abîmer d'autre"

Faut savoir dégonfler l'ego.

L'ego.

WHOUAOW, PUTAIN, L'EGO!!!!

 

Silence

 

- Toute manifestation de l'ego est une fausse note au coeur de la symphonie pastorale.

Enfin, c'est ce que je pense.

Et merci de ne pas me prendre pour une intello.

Et encore moins pour une musicienne.

J'me promène, c'est tout.

 

L'actrice se retourne vers le public et s'assoit.

Elle est jeune.

Une trentaine d'années.

Souriante.

 

-  Les pas dans le sable s'effacent très vite... Alors, tu penses...

 

Elle se balance doucement puis se fige et fixe le public.

 

- Ça me fait drôle de vous voir assis comme ça avec le petit air inspiré du mec ou de la meuf qui se pointe à sa "soirée théâtre du mois". Vu d'ici, c'est marrant.

 

Elle se lève et vient se placer en bord de scène.

 

Il va vous en rester quoi de ce que je vous raconte là?

Vous avez vraiment cru que j'allais vous inspirer?

Vous montrer comment décorer votre misérable existence?

vous apprendre des trucs?

Que j'allais vous consoler?

Vous raconter une jolie histoire?!

Non, sérieux, vous pensiez vraiment que j'allais vous bousculer?

Vous retourner la tête?

Attraper votre petit coeur si tendre et le presser très fort entre mes mains?

 

L'actrice mime l'enfant qui pleure avant d'esquisser un gentil sourire.

 

- Allez, Faites pas la gueule. Je vous aime bien quand même.

C'est sympa de nous retrouver tous ensemble ici.

Et soyez pas jaloux, ni envieux.

Je vous promets que mon histoire à moi n'est pas plus importante que la vôtre.

Ok, d'accord, je suis rendue moins loin que la plupart d'entre vous, je suis encore vachement jeune, mais le récit de ma vie est aussi ennuyeux et désolant que le vôtre.

Promis.

Sauf, peut-être, le jour où j'en ai pris plein la gueule.

Là peut-être que je me suis retrouvé un peu ailleurs.

Très loin.

Longtemps.

Mais, bon.

Ça ne vous regarde pas.

 

L'actrice se dirige vers un coin de la scène ou s'éclaire le décor d'une table de jardin et deux chaises.

Dessus une cafetière et deux tasses.

Elle s'en verse une et la boit tranquillement.

Puis elle s'allume une cigarette et fume en regardant ses pieds.

 

- Bon, vous l'aurez compris. Je ne passe pas tout mon temps au bord de la mer. 

Ce que je préfère, c'est me marrer avec mes copines.

Me fendre un peu la gueule, voyez-vous, ou alors, carrément, faire un tour en bagnole en écoutant de la musique.

J'aime aussi fumer des clopes... feuilleter des bouquins sur l'histoire de l'art et méditer sur les vieux tableaux, dessiner, griffonner des trucs, regarder des documentaires sur des gens qui ont changé le monde et des documentaires sur des gens qui n'ont rien pu faire. Préparer des plats qui arrachent, réparer des trucs dans la maison, repeindre un mur, regarder pousser les arbres...

Non, je déconne, oubliez tout ce que je viens de vous dire.

Ce que je préfère c'est m'occuper de mon cheval.

Ouais, j'ai un cheval et trois hectares de terrain.

J'y vais tous les jours après le boulot.

Ça me vide la tête.

Il me fait du bien.

Un cheval c'est comme un chien mais en plus gros.

C'est loyal et ça ne vous juge pas.

C'est gentil un cheval.

Et ça pue pas quand il pleut.

C'est même encore plus rassurant qu'un chien.

Ça ne dort pas dans le salon mais vous pouvez monter dessus et vous balader.

C'est pas rien, ça, une balade à cheval.

Vous avez déjà fait une balade à cheval?

J'veux dire, sur VOTRE cheval?

Non?

C'est pour ça que vous et moi, on ne se comprendra jamais.

Je vous demande juste de faire un effort.

Imaginez un peu, juste un instant, une fraction de minute, quelques secondes, comment ça peut consoler.

Une promenade sur SON cheval...

 

Silence

Elle finit sa cigarette et l'écrase dans sa tasse.

 

Ouais, j'ai un cheval.

En même temps, je suis toute seule maintenant.

Alors, voilà, c'est un choix et c'est un peu mon mec à moi.

Mon cheval, c'est mon mec à moi.

Et ne commencez pas à vous marrer.

Bande de porcs...

 

Bande-son. un écho de musique techno.

 

- J'ai horreur de ce genre de musique.

Truc de blaireaux.

"Transe de mes couilles"comme disait mon mec.

J'aime pas quand ça triche.

J'suis allée une fois à une rave.

Je vous raconte pas le lendemain...

Quelle connerie...

Hey, est-ce que quelqu'un a l'heure?

 

Elle cherche du regard, en direction de la salle.

 

- OK, merci. De toute façon, maintenant on s'en fout.

 

Toutes les lumières s'éteignent.

 

- Là, je vous propose de rester dans le noir un bon bout de temps.

C'est long plusieurs secondes dans le noir, hein?

Tellement que ça va en devenir un peu génant, voir limite embarrassant...

Rapidement on se demande ce qu'on fout là.

On commence à regretter sa soirée télé, hein?

 

Silence

 

J'imagine déjà les petites scènes de ménage en repartant.

"Putain, quelle connerie, c'est la dernière fois que tu me traines au théâtre, ok?"

Ben ouais, mais, en même temps, je ne vois pas pourquoi je serais toute seule à rester dans le noir.

C'est important de partager.

De ne pas laisser son prochain tout seul dans le noir.

Tout ça pour dire que c'est bien fait pour vos gueules.

 

Silence

 

Mais vous allez voir.

Vous finirez par vous détendre.

Vous allez même vous sentir mieux, au final.

Certains d'entre vous auront même envie de pleurer.

Vous pouvez.

Ça aussi, ça fait du bien.

 

Tranquillement, un type recouvert d'un drap avec des trous pour les yeux, se pointe.

Un flambeau à la main.

 

- Oh, mais regardez qui voilà!

Mon petit fantôme à moi!

Mon lointain fragile. Mon horizon barré.

Mon Grand Paul !

Mon grand rêveur.

Mon beau souvenir tout cassé.

 

Le fantôme va rester immobile et fermer sa gueule

L'actrice sort de l'ombre et s'approche du fantôme.

Elle lui sourit tendrement et en fait le tour doucement.

 

 

Je suis sûre que vous aussi, vous avez un petit fantôme.

Quelqu'un à qui parler franchement.

À qui parler et avec qui danser.

Parce que moi, j'adorais danser.

Tous les deux, on pouvait danser très longtemps sans se lasser.

Quand je dis danser, c'est un bien grand mot.

C'était un peu n'importe quoi.

Mais enfin, on se débrouille tous comme on peut, pas vrai?

On fait beaucoup avec ce qu'on a.

Finalement, c'est assez admirable.

Tout ce qu'on peut faire.

C'est même joli à regarder, parfois.

 

L'actrice esquisse de gracieux mouvement de danse avec ses bras

 

Ce qui compte c'est le tempo.

Tous les amoureux se racontent un peu les mêmes histoires mais ce qui fait la différence c'est le tempo.

On avait vraiment le sens du rythme, mon mec et moi.

Pour nous suivre fallait connaitre la partition.

D'ailleurs, c'est rare quand deux mélodies se mélangent sans virer à la cacophonie.

C'est presque impossible.

Alors quand ça arrive, faut savourer.

Est-ce que l'on chantait la même chanson, lui et moi?

Sans doute, dans le fond.

Mais on ne la chantais pas assez.

Parce qu'on bossait.

On bossait comme des cons.

Comme tout le monde.

 

Nous aussi on a perdu beaucoup de temps.

Vous me trouvez sûrement un peu agressive, par moment, mais avouez que ça rend dingue de ne jamais entendre sa chanson.

Passer ses journées à écouter de la merde.

L'épuisante fanfare des gens qui défilent à contre-temps et sans vous écouter.

C'est dommage.

Je pense que ma chanson vaut le coup.

C'est pas vraiment le tube de l'année mais elle peut vous bercer.

Vous rendre un peu plus doux.

Un poil plus attentif.

 

Silence

 

Lui et moi.

Ce qu'on aimait, c'était se laisser embarquer jusqu'au fond de la mer en se tenant la main et en regardant le plafond.

On adorait ça.

Dériver pendant des heures.

Se perdre au milieu des drôles de poissons électriques des abysses...

 

Bonsoir, bonsoir...

Bonsoir tout le monde...

On s'en va.

Pour toujours.

Au galop.

Ou en dansant.

Qu'importe la nage.

 

 

 

Le bruit de la mer revient puis ce morceau de jazz ...

Le rideau descend doucement en grinçant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bientôt l'épisode 9 !

 

 

 

 

Sommaire Saison 2

 



10/11/2017
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