LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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L'HIVER AU CHAUD épisode 6

LA CHIFFONNEUSE DE VISAGES  (ou comment Puce m'a soufflé l'épisode 6)

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- La chiffonneuse de visages!

- J'adore...

Puce me décrit alors le conte qu'elle a en tête. Chez elle aussi l'imagination s'épanouit au grand air mais sur une terre plus sombre et aux chemins encore plus tortueux que les miens. Une féérie débarrassée de toute sensiblerie. Je n'oublie jamais qu'aux racines de sa belle âme, le petit bébé a grandi sous la mitraille et les hurlements d'une guerre. Le terreau est criblé d'impacts mais la flore qui a poussé dessus est fascinante et ne ressemble à aucune autre. Si elle n'avait pas un job envahissant elle écrirait tout un tas de  contes merveilleux qui raviraient les adultes et traumatiseraient à tout jamais les enfants sages. Elle décide d'écrire sa version et m'autorise à conserver le titre et développer ma propre histoire. Je ferme alors les yeux et ma petite caboche commence alors son travail...

... Il était une fois, par une profonde nuit d'orage toute brouillée de pluie, de vent et d'éclairs fulgurants une large et puissante voiture glissant sur une route départementale serpentant sur le grand corps obscur d'une haute forêt. À côté de la  conductrice, sur le fauteuil passager, repose une sacoche en cuir abritant un ordinateur portable. Lorsque Denise, la conductrice (qui n'a jamais aimé son prénom) pose les yeux dessus, l'étendue de son labeur à venir contamine toutes ses pensées. Se retrouver dans sa belle bagnole sous un temps pareil lui donne l'impression de se trouver dans une mauvaise pub sans fin. Et ce soir elle ne veut plus penser "produits", contrats à décrocher avec les dents, serrages de pognes au kilomètre et sourire  de gagnante qu'elle doit se verrouiller sur la gueule plusieurs jours d'affilée. Denise est une femme douée pour monter des affaires et lancer des projets mais ce soir elle voudrait simplement que sa propre vie lui foute la paix. Elle est fatiguée d'être encore et toujours elle. C'est rigolo parce qu'elle a toujours été persuadée que la chanson de Starmania avait été pensée et écrite spécialement pour elle.

- J'aurais voulu être une artiiiiiste !!! ..... Se met-elle à brailler dans l'habitacle.

Il faut préciser que Denise est un peu à cran à cause d'un problème insolite. Son GPS a complétement perdu les pédales. La voix synthétique débite d'un ton monocorde tout un tas de direction qui ne se présentent pas. Pour tout dire, elle ne sait plus très bien depuis combien de temps elle file ainsi sur cette route cernée par les arbres. un long serpent sans le moindre carrefour. Le faisceau de ses phares peine à percer l'épais rideau de flotte balayant son pare-brise. Les hautes branches semblent vouloir l'engloutir. elle doit sérieusement s'accrocher au volant pour tenir la route. Et ça dure...

- Tempête de dingue...

Brusquement une lueur dorée suinte au bout de la route.  Rapidement la forêt s'écarte et s'ouvre alors sur une imposante clairière. Un parking. Quelques voitures. Au bout d'une allée, une haute bâtisse aux fenêtres éclaboussées de lumière. Le spectacle est rassurant et Denise est fatiguée.  Sans même réfléchir, elle se laisse guider par l'envie de s'arrêter là, maintenant, et vient se ranger au côté des autres véhicules stationnés aux portes du chemin. Couper son moteur suffit à relâcher la  tension. elle fait jouer un peu sa mâchoire, histoire de se détendre. Elle reste un long moment, assise dans l'ombre traversée d'éclairs, à écouter le tambour du tonnerre et de la pluie martelant la voiture. Entre les éclats de l'orage, le sifflement de sa respiration suffit à la calmer.  Et puis soudain, voici qu'au bout de l'allée la porte du manoir s'ouvre. Une ombre s'échappe et s'avance droit sur elle. Haute silhouette, abritée sous un énorme parapluie.

- Merveilleux... chuchote-t'elle

 

La chambre est spacieuse et la literie princière.

Voici notre Denise installée pour la nuit. Au dessus de la tête de lit, cet étrange tableau semble l'inviter à prendre un aller simple. Un de ces grands et longs voyages sans retour.

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Elle reconnait le style (l'étude de l'histoire de l'art est son passe-temps) Le nom du peintre lui revient rapidement à l'esprit.

- Paul Delvaux. C'est un Paul Delvaux...

A ces mots, un petit boitier noir, fixé au-dessus de la tête de lit, se met à clignoter puis à grésiller. La voix d'un petit garçon résonne.

- Bravo madame, il s'agit bien d'une oeuvre du peintre belge Paul Delvaux. Né en 1897 et mort en 1994 à l'âge de 97 ans. Vous avez gagné un soin à la chiffonneuse de visage. Il  vous suffit d'emprunter le couloir à gauche en sortant de votre chambre et de vous rendre chambre 112...

Il s'écoule un instant avant que Denise ne réagisse.

Elle s'approche du boitier.

- Excusez-moi, Vous pouvez répéter?

Mais le boitier, éteint, reste silencieux.

Denise se passe alors la main sur le visage et se surprend à rire.

- C'est une blague c'est ça ?!

Elle vient de prendre une bonne douche chaude et s'apprêtait à flâner un moment à poil dans sa chambre, avant de se rhabiller pour descendre dîner mais l'étrange invitation lui donne envie de bousculer un peu son programme. Chambre 112. L'aspect totalement inédit de la proposition l'attire irrésistiblement. Elle réalise qu'on ne lui a jamais proposé un truc pareil  et qu'elle n'a pas grand chose à perdre.

Elle s'habille rapidement et s'engouffre dans le couloir. Face à la chambre 112 la voici qui se passe une dernière fois la main sur le visage. Elle frappe.

D'abord deux petits coups délicats.

Pas de réponse.

Elle frappe de nouveau. Un peu plus fort.

La porte s'ouvre.

C'est un type hilare au visage épais engoncé dans un costume de lapin.

- Stop ! On ne dit pas un mot et on suit le petit lapin blanc!

Le type affublé d'une démarche ridicule l'invite dans une chambre faiblement éclairée et se met à sautiller autour du lit où est assis un grand singe au pelage roux.

- C'est une femelle orang-outan de Bornéo, une espèce rare par chez nous ! 

Halète le gros type lapin en continuant à sautiller. L'anthropoïde pioche alors une poignée de feuilles et de morceaux d'écorce dans un bol posé à ses pieds sur le lit et mâche lentement en suivant d'un oeil torve la course de l'homme-lapin.

- N'ayez pas peur! Approchez vous d'elle. Elle est herbivore. Elle ne va pas vous bouffer, promis !!! 

- Excusez-moi, vous pourriez arrêter cinq minutes de sautiller. Je suis un peu désorientée, là.

Le gros lapin, le visage suant et écarlate se fige soudain

- Désorientée?

- Ben oui, là votre costume et puis le singe... c'est pas commun. répond Denise en souriant.

- Un singe, un lapin, c'est pas commun?

- Ok. Alors c'est quoi le but du jeu, là.

- Un jeu? Quel jeu?!  C'est pas un jeu, là, c'est du sérieux! On est pas vraiment là pour déconner !!!

Embraye joyeusement le lapin en recommençant à sautiller.

L'orang-outan de Bornéo se met alors à agiter un instant ses longs bras.

- Approchez vous d'elle, elle veut vous voir de près ! Insiste le lapin en se cognant sur le bord du lit.

D'abord hésitante, Denise finit par s'approcher, son regard plongé dans celui du grand singe. Et il se produit alors une chose étrange. La lumière, l'agitation frénétique de l'homme-lapin et le décor tout autour d'eux semblent s'estomper. L'obscurité les enveloppe. Un grand vide se fait dans l'esprit de Denise. C'est le grand et vrai silence qui se déploie, comme une note de piano au coeur d'un gigantesque palais déserté.

Les mains du singe s'approchent doucement de son visage. Lentement elles l'effleurent, le caressent puis le palpe avec précaution. Petit à petit les mouvements se font plus prononcés. Rapidement, le visage de Denise est malaxé, puis tordu et tout cela sans la moindre douleur. La sensation est unique. Elle n'oppose aucune résistance. Le mouvement s'accélère. Le tourbillon lui fait perdre la notion du temps. Cela pourrait durer une éternité mais Denise s'en fout. Denis se sent bien. Elle se sent délivrée. Denise abandonne son visage. Le laisse disparaitre. Ses larmes accompagnent le mouvement. L'amertume et les mensonges qui ont plissé son visages sont comme emportés par le mouvement du massage. Tout le poids de ses traits, la bosse de son front, les poches de ses joues s'envolent. Et voilà que son corps se dérobe et glisse au sol.

Denise devine à présent qu'elle n'a plus de visage et cette idée la comble de bonheur.

Heureuse, sa conscience se dérobe avec en tête l'image de ce chemin bordé de haies qui la conduisait, enfant, jusqu'à la petite chapelle de son village...

 

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Je suis désolé.

L'histoire de Denise s'arrête ici et pour une durée indéterminée.

Me voilà brusquement sur le quai. J'espère la retrouver au cours des prochains épisodes. Je sais combien il est important de laisser les histoires reposer. Elles prennent sinon le risque d'être pressées et de mal se terminer. J'ignore qui m'a dicté celle-ci mais je ne pense pas qu'elle se termine ainsi. Le tableau, l'homme lapin et la petite chapelle ont encore un rôle à jouer vous ne croyez-pas? Nous allons ainsi cheminer à l'avenir accompagné de tout un tas de lieux et de personnages de fiction mais nous en avons tous l'habitude. Et particulièrement celles et ceux qui ont réussi à me suivre jusqu'ici. Rassurez-vous, je ne ferai aucun effort pour être plus clair... Mais cela, c'est déjà une autre histoire. Vous souriez. Vous avez raison.

 

 

Pour ceux qui ont encore envie de continuer, l'épisode 7 vous réservera certainement quelques découvertes vraiment surprenantes... En voici tout de suite un petit extrait découvert grâce au journal l'Express.

 

 


 

 

 

 

 

Épisode 7

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10/01/2017
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