LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

INCASSABLE, are you ready for the truth?

FANTASTIQUE / BLU-RAY

M.NIGHT SHYAMALAN

051101_af.jpg

 

 

 

 

 

 

Prendre le temps.

Le temps de développer lentement, insidieusement, le délicieux sentiment "d'inquiétante étrangeté"...

C'est la magistrale leçon que délivre Shyamalan à tous les tâcherons du cinéma hystéro-fantastique actuel. Et je pointe particulièrement le monde des super-héros aujourd'hui sans point de vue, englué dans les CGI et à l'inspiration anémique. Nous nous trouvons ici à dix mille lieues des épileptiques et décérébrés pétards fluos Marveliens (même si j'en ai défendu deux ou trois sur ce blog). Pris d'une soudaine lassitude je suis donc retourné aux fondamentaux, direction... Incassable!

 

Je vais donc causer ici du film de super-héros le plus nourrissant de mon humble Blu-raythèque. Pourquoi?

Et bien déjà, parce qu'Incassable est d'abord un film "hanté". Un film hanté. Soit, le contraire d'un film qui se regarde, divertit et puis s'oublie. Quand on aime le cinéma de genre aux ambiances chiadées et aux personnages solides, Incassable entre chez vous pour toujours.

Ensuite parce que c'est tout simplement le triomphe du cinéma d'atmosphère. Rendons grâce au directeur photo Eduardo Serra ( qui a fait d'énormes progrès de Pinot Simple Flic à La jeune Fille à la perle jusqu'aux deux derniers volets d' Harry Potter) pour cette image froide d'un quotidien ordinaire et souvent pluvieux.

Décor lugubre, voir funèbre, d'une normalité déprimante, sur lequel peuvent alors se déployer avec aisance les ailes du fantastique.

 

 incass5.jpg

 

Cet art du contraste absolu, à l'image du duel résolument binaire du Bien contre le Mal, alimente aussi bien l'impériale direction artistique que l'affrontement de deux personnages instantanément cultes. l'incassable David Dunn contre l'Homme de verre Elijah Price.

De la routine et ses piteuses aspirations (Misérable séquence de drague SNCF pour David Dunn en guise d'introduction du personnage) au miracle conduisant à la révélation d'un être d'exception. Paradoxe et contraste toujours, le miracle repose sur un drame épouvantable: Le personnage de Bruce Willis est le seul survivant d'un terrible crash ferroviaire ayant fait plus d'une centaine de victimes.

 

Autre atout : Shyamalan frappe fort sans jamais cogner.

Second coup de maître après Sixième Sens, ce jeune réalisateur (à peine trente ans à l'époque) enveloppe son film du même rythme cotonneux et des mêmes brumes que dans son oeuvre précédente, avec un sens du cadre encore plus abouti. La profusion des plans-séquences, parfois fixes (courage d'une mise en scène qui ne cherche pas à se planquer) nourrissent ce climat d'attente propice au surgissement du surnaturel. L'intensité du jeu, sur ses longues prises, est ici à son paroxysme. Les seuls effets spéciaux sont bel et bien les personnages. Shyamalan n'a besoin que d'haltères et quatre pots de peinture pour fabriquer du fantastique tout comme il nous tétanisait avec un simple baby-phone dans Signes.

Mais revenons aux personnages. Bruce Willis et Samuel L. Jackson livrent tous deux des performances hors-norme. Chacun sur leur territoire. Le silence et l'attente pour l'agent de sécurité d'abord dépassé par son pouvoir, la parole "magique" et l'action violente pour son double maléfique. Puis les rôles basculent sans qu'à aucun moment ces titans d'acteurs ne perdent en crédibilité. La marque des grands.

 

Le passage à l'action pour Dunn (magistral plan-séquence de l'affrontement avec le serial-killer filmé en plongée, point de vue divin?) est libérateur, dans tous les sens du terme. Willis, rescapé d'une série de Blockbusters abrutissant, est rompu à l'exercice de l'héroisme. Mais si il acquiert ici, et plus que jamais, une stature de héros ce n'est plus grâce à sa solide carrure ni à son petit sourire en coin totalement ravageur mais bien en portant sur l'univers qui l'entoure ce regard fragile dont la profonde humanité bouleverse tout au long de son parcours. Une performance à la fois sobre et monumentale. Seul un acteur de cette trempe avec son historique aussi lucratif que déceptif artistiquement pouvait s''impliquer à ce point et faire entrer David Dunn dans la légende.

Énorme, également, le gars Jackson. Sa coiffure improbable rompant net avec son élégance vestimentaire est la seule touche permettant de deviner que le type a prit un peu de distance avec le réel et la raison. Il compose avec grâce un personnage fascinant. Sa diction impose le silence et le mystère. Ses silences menaçants et ses phases de prostration entrainent rapidement le film dans les grandes profondeurs.

 

incassablesuite.jpg

 

Incassable est un fascinant parcours initiatique. Pour les deux personnages.

Voyage d'un ordinaire verrouillé, plombé, vers l'extraordinaire. D'un quotidien en déroute, mariage agonisant pour Dunn et maladie invalidante pour Price, à l'avènement du fantastique. En cela, Incassable est une déclaration d'amour non aux comics mais à leur pouvoir. Cette faculté qu'ils ont de transcender le réel en imposant la force de figures mythiques sur toutes les faillites et fragilités du quotidien.

 

Là ou la plupart des films de super-héros évacuent au premier quart du film l'acte de révélation du héros Shyamalan fait durer le plaisir et y consacre les deux tiers du métrage jusqu'à la révélation finale donnant naissance au génie du mal. Chacun se révéle grâce à l'autre et cet accouchement occupe l'ensemble du film. Ce jeu de miroir est d'ailleurs présent tout au long de la première partie du film. Miroir de la chambre lors du plan séquence d'ouverture présentant la naissance de "l'homme de verre". Miroir ensuite d'un personnage témoin. Le regard d'une petite fille d'abord amusée puis réprobateur observant un David Dunn draguant laborieusement une jolie femme qui finira par changer de place, Puis miroir d'un téléviseur éteint renvoyant l'homme de verre, alors adolescent moqué, à son propre isolement et instillant déjà le désir de se créer un monde à lui répondant à ses propres codes. Cette manière de présenter les deux personnages principaux n'est pas gratuite. Ce point de vue en renvoie l'image de deux figures "prisonnières"d'une réalité qui n'est pas la leur et attendant le climax ultime qui les fera passer définitivement de l'autre côté du miroir.

 

incass1.jpg

 

Incassable, chef d'oeuvre? 

Absolument.

Presque vingt ans après sa sortie il passe royalement l'épreuve du temps. Indémodable par sa sobriété d'écriture, de jeu et de réalisation. Sur cette base d'une simplicité et d'une cohérence admirables la partition musicale du fidèle James Newton Howard (de nouveau à l'oeuvre sur Split) prend son envol et fabrique du mythe à plein régime.

 

Tout au long du film le "sentiment fantastique" prime sur "l'effet". Une constante, alors dans l'oeuvre de Shyamalan ( je parle d'avant le temps de l'auto parodie et des bluettes SF futures)

Monsieur Shyamalan, c'est à toi que je m'adresse à présent : Cet éloge de "l'apparente" simplicité"devra te guider pour GLASS, le second volet aujourd'hui en préparation (sortie début 2019). Parce que même si le retour de David Dunn à la toute fin de Split m'a fait hurler de joie, le risque est immense d'abîmer la magie du premier en réduisant lors du second, les personnage à d'énièmes super-héros de blockbusters. Certes, tes deux derniers films sont plus que sympathiques mais, pour la suite, s'il te plait, reviens faire dans le sobre, le pluvieux et l'intime. Laisse mariner tout doucement le mystère, la magie et l'effroi. Abandonne toi à cette "inquiétante étrangeté". Ce sentiment de rupture presque invisible qui faisait toute la force de ton indestructible, atemporel et universel bloc de cinéma.

Bref, redeviens Incassable.

 

 

 

 

Francisco,

 

 

 

 

incassable-photo-bruce-willis-samuel-l-jackson-970936.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

2019...

MV5BM2RlMTJjNDctNTEyYy00MDVjLThkODItZTQ1YTNlODlhMGQ1XkEyXkFqcGdeQXVyNjIxNTk3NjY@._V1_.jpg

 

 

 

 

 

 

Night  World


 

 

 

 

 

 

 

51ppUeq1ewL.jpg

 

 

 

INCASSABLE

2000

1h40

LE BLU-RAY : Bon, c'était un peu la préhistoire du Blu-ray. La précision est souvent au rendez-vous, notamment sur les gros plans mais une remastérisation en profondeur s'impose pour gérer au mieux couleurs et contrastes qui peiuent ici à se démarquer du format DVD. Si ça ressort tout propre, promis, je rachète.

Director:

 

 

 

 11plw8IhfNSm8J4aWfpfnHaqkDs.jpg

`



25/08/2017
6 Poster un commentaire

A découvrir aussi