LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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L'HIVER AU CHAUD épisode 1

Même les plus petits oiseaux peuvent avoir mal aux couilles (ou comment t'as bien fait de passer la porte)

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Il était une fois un moment de ma vie où brusquement j'éprouve le besoin de vous raconter tout ce qu'il me passe par la tête. Pourquoi? J'en sais trop rien. Peut-être parce que je démarre mon grand voyage intérieur ou cette forme subtile et raffinée de déprime du tout jeune vieux. Ce qui revient à peu près au même. Et je ne connais pas de meilleur endroit que mon blog pour le faire. Les habitués le savent bien, on ne trouve pas que du cinoche dans mes chroniques. Je fais souvent dans le sentimental. Puis ce blog c'est mon île. Là ou je me retire lorsque le monde devient trop prévisible. L'idée a surgi l'autre soir, en faisant les courses, et à peu près comme ça:

- Hey Puce, j'ai envie de mettre une porte sur mon blog. Tu vois, comme une entrée directe sur l'intime du chroniqueur.

- Très bonne idée mon chéri.

Puce, c'est une histoire de dingue que je vous raconterai certainement la prochaine fois. Disons que c'est la femme de ma vie. Nous étions fait pour être ensemble parce que rien ni personne n'est parvenu à nous séparer. Ma petite fée a donc trouvé que c'était une bonne idée. Elle m'encourage depuis dix ans à écrire mon bouquin. Parce qu'elle sait que je vis aussi pour écrire.

Du coup, après dîner, je suis allé installer ma porte tout en bas de la page d'accueil des Chroniques ciné de Francisco. Étant né avec deux bras gauches c'est à peu près le seul genre de porte que je suis capable d'installer. En étant certain qu'elle puisse s'ouvrir. J'ai choisi cet endroit aussi parce qu'il faut que ça reste un peu secret. Le genre un peu maudit qui fait trois vues. Uniquement pour les initiés. (Ça marche à fond ce genre de truc) Imaginez le parcours. Connaître le blog et, un jour, glisser tout en bas de la page d'accueil. Voilà qui réduit considérablement la probabilité d'invasion et me contraindra à entretenir ma légendaire humilité.

Tout ça pour dire que je ne me demande jamais par quoi commencer lorsque j'écris. C'est un peu comme lorsque j'arrive en reportage. Je me pointe à blanc. Je suis poli, je dis bonjour, j'essaye de mettre tout le monde à l'aise puis je regarde, j'écoute. Les choses vous dictent elles-mêmes la partition. Il suffit d'être un peu attentif et détendu. C'est le seul moyen de ne pas accoucher d'un truc trop laborieux. Forcément on nous apprend le contraire. Partez avec un angle ! Incarnez!!!! Voilà le meilleur moyen d'arriver sur le terrain avec son petit chausse-pied dans le crâne et d'essayer de faire rentrer tout ce que vous voyez dans l'équivalent d'une chaussure. Si par là-dessus vous mettez votre bobine à l'écran, la messe est dite. Ce sera propre net et sans bavure. Impossible à ranimer. Bon pour finir aux oubliettes de l'INA. Quel chercheur, dans vingt ou 30 ans, se souciera de voir la tronche d'un petit rapporteur pour réveiller la mémoire d'un terroir et de ceux qui le façonnent?

Comme le dit Cirimax, mon pote de blog, "t'écris et puis c'est tout".

Tu cliques sur un lien parce que tu es curieux, moi j'écris aussi par curiosité. La curiosité soigne de toutes les petites morts. Je ne parle pas de la curiosité qui vous fait ouvrir un catalogue de voyage ou cliquer sur Wikipedia. Je vous parle de celle qui peut effacer tout ce que les autres ont peint à votre place dans le paysage. La curiosité pour tout ce qui fait que la vie est bien autre chose que tout ce que vous regardez, tout ce qu'on vous braille dans les oreilles, tout ce que vous avez fait, faites en ce moment même et ferez demain. La curiosité pour tout ce qui échappe au vacarme et se cache souvent en plein milieu de la scène. C'est juste là, devant vos yeux. La curiosité pour l'absence. La curiosité de bien vouloir fermer sa gueule un instant et d'écouter glisser sous nos pieds et tout autour de nous l'âme du monde. Le monde sans fards. Laissez vous inspirer par ce son-là et vous glisserez dans le seul courant qui vaille. Le vôtre.

Vous vous trouvez alors à naviguer dans le courant premier. Le courant naturel. Vous avez tout pouvoir. Vous pouvez même découper un morceau de nuit que vous gardez avec vous toute la journée. Attraper un nuage de lune et le dissoudre dans votre café du matin. Ainsi, j'ai toujours bu, mangé, avancé, pensé, conversé et déconné dans mon propre décor et à mon propre rythme. Parce que tout mioche je suis tombé dans le courant. C'est comme ça. Ma scolarité a été atroce parce que personne ne se doutait que je me trimballais toute la journée avec des morceaux de nuit et de lune sur moi et qu'il ne faisait jour pour moi que lorsque je l'avais décidé. Ce n'est pas très compliqué d'épouser définitivement la solitude quand on fonctionne de cette manière.

Vieillir laisse le champ libre. Au départ, avec notre petit dossard flambant neuf, claquant au vent, nous suivons avec une vaine application et au milieu de la foule la course d'un univers en perpétuelle expansion. Rapidement notre vraie place se dessine. Pile au centre de nulle part. Ça ne réussit pas forcément à tout le monde. Certains deviennent à moitié dingues tandis que d'autres cavalent comme des héros pour accomplir d'extraordinaires missions. Basculer dans le crime ou cultiver son jardin. On peux aussi faire une dépression, se livrer corps et âme à son job ou devenir écrivain. Faire un blog, se mettre à parler de musique, de  littérature, de peinture, de cinoche et de séries ou virer photographe naturaliste. Tout cela avec un talent fou ou sans la moindre aptitude. Autre solution : en faire le moins possible et rester à l'affût de ce que l'on n'attend pas.

L'autre jour, en promenant mes chiens, je faisais le grand vide et regardant monter le soleil et soudain, entre les arbres, j'ai vu ça. Alors je l'ai pris en photo.

 

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Et paf, une porte dimensionnelle. Je suis désolé, je parle un peu en vrac de tout ce qui m'arrive là, mais c'est l'entrée en matière qui veut ça et je n'ai pas envie pour le moment de vous raconter d'autres histoires. La vie en est déjà bourrée à craquer d'histoires. Pas besoin d'inventer. Faut regarder, écouter et on en rapporte en général plein ses filets.

Quand j'étais môme j'en inventais tout un tas. En permanence. Gamin, quand je jouais avec mon pote Gildas j'étais toujours le scénariste de nos après-midis. Je suis même allé jusqu'à inventer une histoire pour éviter d'aller à l'école le lendemain. Mais c'est un bras d'honneur qu'on ne peut faire qu'une seule fois. Seulement voilà, je me suis tellement baladé dans mes histoires que lorsque j'ai commencé à écouter attentivement celles des grands j'étais largement en âge d'être adulte. J'étais seigneur en mon royaume mais ignare du vrai monde. L'apprentissage a été très long et souvent douloureux, forcément. Il l'est encore aujourd'hui. Et chaque lundi est une épreuve. Pour encaisser je me love contre ma puce, j'écris à ma fille au Canada,  je beurre toujours les tartines de mon fils, je fais des pompes, je mange trop, je prends des photos, je parcours des kilomètres de films et j'écris des chroniques ciné.

Voilà pourquoi j'occupe le reste de mon temps avec un travail qui m'oblige à respecter les lois de la gravité : Je rencontre des gens.

Je les interroge, je les filme et j'écoute attentivement leurs histoires. J'ai la carte de presse mais je me définis d'abord comme un portraitiste. Chaque homme raconte le monde. Quelle que soit l'ampleur de son univers, ce qu'il possède ou non, il est ce qui est. Il n'y a rien de plus universel qu'un portrait. Il n'y a rien de plus éphémère que l'actualité. C'est un peu la grande peine des journalistes qui ont choisi le métier par goût des autres. On leur demande finalement de survoler de grands ensembles quand ils ne demandaient qu'à garder les pieds sur terre. Prendre de l'altitude galvanise le petit caporal mais ennuie à mourir le troufion amoureux de son terroir. Les grands mouvements de la politique et de l'économie aussi dantesques et lourds de conséquences soient-ils glissent sur nous quand ils nous sont expliqués avec force schémas, avalanche de chiffres et montages frénétiques. Qu'un seul homme témoigne de sa peine ou de ses espoirs et l'attention est à son comble. C'est ainsi. La vérité est toujours là où on l'a déposée. À même le sol. Elle ne brille pas de mille feux, ne fait aucun bruit et rarement parler d'elle.

Je suis en train de me dire que si vous êtes encore là, c'est que l'on va faire un bout de chemin ensemble. Tiens, en parlant de chemin, peu de temps après avoir photographié ma porte dimensionnelle dans la forêt, je me suis mis à photographier mes chiens. Scott et Val. Les habitués des Chroniques les connaissent bien. Scott c'est le petit Jack-Russell et Val c'est le lévrier Galgo qu'on voit là sur la photo.

 

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Le portable est une merveilleuse invention quand il s'agit d'attraper l'instant. Pour un peu que la lumière du matin traverse les arbres pour venir s'amuser avec votre chien et vous avez toutes les chances de saisir un instant de grâce. Donc, si j'ai toujours mon téléphone sur moi ce n'est pas que pour le boulot. Loin de là. C'est aussi pour mes chiens.

Vous l'avez compris, j'adore me balader en forêt avec eux. Non pas que je sois passionné par les plantes, les arbres et tout ce qui va avec, mais c'est simplement qu'à certaines heures il y a vraiment moyen d'avoir la paix. Alors quand on a en plus une belle lumière... Parfois ma puce m'accompagne. On se marre comme de vieux potes. Faudrait juste qu'elle arrête un peu de bosser de temps en temps. Mission impossible. Elle est dans le social par vocation. Pour elle, la notion d'horaires de travail n'est qu'un songe. Donc je m'occupe tout seul. Et puis, quand on commence à s'arrêter tous les trois pas pour coller son téléphone à un arbre en fermant un oeil, à photographier des détails d'écorce, des morceaux de clôtures ou une poignée de rayons de soleil à travers une branche, ce n'est pas plus mal de cheminer seul. Ça peut durer un certain temps et la personne qui vous accepte tel que vous êtes (il n'y a pas d'autres moyen d'aimer) a déjà partagé un bon gros morceau de sa vie avec vous. Point trop n'en faut demander.

Voilà, là je sens que j'arrive au bout de cette première petite chronique "en mode intime". Ce n'est pas tellement la question du sens qui me l'impose mais la fatigue. J'aurais souhaité vous livrer le sens de son titre mais, finalement, je préfère laisser planer gracieusement le mystère. Je vais donc me contenter de vous quitter avec ce court-métrage qui peut-être vous éclairera sur mes intentions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour entrer dans l'épisode 2, merci de cliquer sur la poignée. Mais pas trop fort, c'est une vieille porte !

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24/12/2016
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