LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & CO.

LES CHRONIQUES CINÉ DE  FRANCISCO & CO.

COLLATERAL, quand Spinaltap tape dans le magnétique, le racé, le solitaire et le déterminé

POLAR                                                 BLU-RAY

MICHAEL MANN

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Un jeune type que je connaissais vaguement, rencontré par hasard lors d'un après-midi d'errance dans les rayons Blu-ray d'une grande enseigne culturelle et à qui j'avais fortement conseillé l'acquisition en format HD de Collateral, m'avait lancé à la figure, fier de lui:

- Non désolé, Tom Cruise est un scientologue, je boycotte ses films.

Passablement étonné et agacé d'une réponse faisant d'un preuve d'un jugement s'asseyant sur toute considération artistique, j'avais alors tenté tant bien que mal de garder mon sang-froid en lui répondant:

- C'est dommage, tu te prives de quelques grands films, vieux  (gardant pour moi dans un élan de diplomatie le pauvre type ! qui me brûlait méchamment les lèvres)

Je pensais donc en premier lieu au Collateral de Michael Mann, oeuvre trônant pour moi au sommet de la filmographie cruisienne, liste collectionnant ni plus ni moins que les signatures de Francis Ford Coppola, Stanley Kubrick, Martin Scorsese, Steven Spielberg, Brian De Palma, Ridley Scott, Oliver Stone, P.T. Anderson, Barry Levinson, Ron Howard, Rob Reiner, Tony Scott, Cameron Crowe, John Woo, J.J. Abrams, Bryan Singer, Sydney Pollack, Robert Redford… Et aussi Paul Brickman. Oui euh…Je parie que ce nom vous dit que dalle mais ce gars a l'immense mérite d'avoir réalisé "Risky Business", teen-movie génial (non, non je déconne pas, j'adore!) sorti en 1983 avec un Tommy tout jeunot et pas encore scientologue. Z'en avez rien à foutre? OK, pas de problèmes, je suis cool. On se détend, ça va bien se passer les amis. C'est vrai, on est là pour causer de Collateral, qui ne mérite donc pas d'être acquis ou même visionné par quelque individu au schéma de pensée ridiculeusement étroit. Néanmoins, si il y avait une seule baffe à donner, je la filerais plutôt au "créatif" qui a massacré la sobriété de l'affiche originale pour pondre l'immonde jaquette de ce Blu-ray paru en édition française en 2010. C'est absolument dégueu, totalement indigne d'un polar classieux signé Michael Mann, faisant davantage penser qu'on va se taper un nanar avec Steven Seagal et Dolph Lundgren.

 

La jaquette de la honte

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Alors le pitch: Tom Cruise incarne Vincent, un mystérieux type débarquant à Los Angeles pour honorer cinq rendez-vous dans cinq lieux différents au cours de la nuit. Il propose à Max (Jamie Foxx), chauffeur de taxi, la somme de 600 $ en échange de ses services jusqu'au petit matin. Un bon plan selon Max, sauf que le premier rencard va se conclure par la chute d'un macchabée s'écrasant comme une misérable fiente d'oiseau sur le toit de son taxi. Vincent s'avère en fait un méthodique tueur à gages chargé d'abattre cinq cibles les unes après les autres. Pas un si bon plan finalement, selon Max…
C'est donc en 2004, entre une bonne baston avec des guerriers samouraïs et une branlée infligée par une flotte d'extra-terrestres pas si invincibles que Tom Cruise se glisse pour la première et unique fois de sa riche carrière dans la peau du bad guy (si l'on excepte son rôle de vampire lubrique aux côtés de Brad Pitt). Mais entendons-nous bien: pas le bad guy aux cheveux gras et ratiches pourries qui va pisser sur tes pompes en ricanant comme un demeuré. Plutôt le genre de mec qui va rendre visite à ta mère à l'hosto et lui offrir un bouquet de fleurs. Là on est tout proche du style De Niro vu dans "Heat", le chef-d'oeuvre de Mann: froid et affûté comme une lame, tiré à quatre épingles, volumineuse compacité capillaire ici mise en valeur par une teinte argentée en total raccord avec le costard. Emissaire impeccable de la Grande Faucheuse shooté en courte focale. Un personnage typiquement "mannien": magnétique, racé, solitaire, déterminé.

 

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Coursé par un flic dont le look de dealer portoricain le fond dans la faune locale (Mark Ruffalo), Vincent est programmé mentalement pour accomplir sa mission, entraînant dans une sérieuse affaire surveillée par le F.B.I. un Max contraint de forcer sa nature et d'improviser pour prendre son destin en main.

Un bref instant capté juste après une exécution montrera le tueur en lutte avec la pleine conscience de son acte, contraste frappant avec l'ironie nihiliste dont il fait preuve tout au long du trajet. Une dualité entre le Bien et le Mal amplifiée dans l'espace confiné du taxi et la relation qui s'y établit avec Max, personnage aussi clean que l'habitacle de son véhicule qu'il nettoie méthodiquement chaque matin. Un habitacle dans lequel le projet de sa vie est enfermé depuis douze longues années. L'immobilisme face au mouvement, la passivité face à l'agressivité, le rêve d'un avenir face au cauchemar du présent, qui mieux que Michael Mann, cinéaste aussi élégant dans la contemplation que fulgurant dans l'action, pouvait orchestrer ces oppositions virant en une traque dans la nuit de L.A. zébrée d'éclairs crachés par les armes?

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Le scénario est l'oeuvre de l'improbable Stuart Beattie et c'est de très loin son meilleur, s'aperçoit-on subitement quand on jette un oeil à sa filmographie relativement inquiétante, voire… complètement flippante. L'intrigue se déroulait à l'origine à New York mais Michael Mann a souhaité la transposer dans sa ville fétiche, faisant de la mégalopole californienne le théâtre crépusculaire de cette odyssée funèbre somptueusement photographiée.

Grâce à l'utilisation de la caméra numérique HD Viper Filmstream, la ville tentaculaire, baignée de son étrange lumière diffuse, est omniprésente. Arrière-plans nocturnes que l'oeil humain, ou la pellicule 35 mn, ne pourraient distinguer. Superbes travellings aériens saisies par une Wescam flottant au-dessus d'avenues sans fins. Immensité d'un territoire quadrillé où les êtres humains se croisent sans se voir, tels des fantômes, et dans lequel des coyotes paisibles apparaissent encore dans le faisceau des phares de voitures, comme une vision spectrale et hypnotique hors du temps. Sublime séquence en faux-semblant dans l'intimité d'un club de jazz mythique, rencontre tendue dans un bar latino entre Max jouant sa survie et un caïd mexicain entouré de ses porte-flingues (Javier Bardem), fusillade d'anthologie dans une énorme boîte techno coréenne bondée, Mann fait des étapes du parcours de Vincent et Max de véritables morceaux de bravoure en exploitant la diversité des lieux nocturnes de la ville avec sa fabuleuse maîtrise formelle et son art de l'utilisation de la musique (goûts sûrs du réalisateur qui, tout au long du film, égrène entre les scores atmosphériques de James Newton Howard des titres de The Roots, Groove Armada, Audioslave, Paul Oakenfold et autres instrumentaux urbains de Tom Rothrock).

 

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Construit pour bifurquer certes sans grande surprise vers le thème classique de l'homme ordinaire poussé par les circonstances à se transformer en héros, le scénario offre un final qui fait du film une boucle se refermant violemment au bout de la nuit.

La caméra prend de la distance dans les dernières secondes et brosse alors son tableau le plus marquant: l'ultime image du tueur, semblant directement extraite d'un polar de Jean-Pierre Melville, telle une figure allégorique fixée dans un cadre en trompe-l'oeil saisissant. Magistral.

 

 

 

Spinaltap,

 

 

 

 

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It's a Mann's world -

Le Mash-up de Thomas Kramer

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COLLATERAL

2004

2H

LE BLU-RAY :   Du numérique à l'argentique, mariant divinement le granuleux aux doux contrastes jusqu'au piqué au scalpel Collateral est un voyage au coeur de la matière filmique. Une expérience HD qui peut dérouter les amateurs du lisse mais qui ravira les puristes. Une démo technique qui fait encore autorité.

Director:

Writer:

 

 

 

 

 

 

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18/04/2016
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