LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & CO.

LES CHRONIQUES CINÉ DE  FRANCISCO & CO.

BONE TOMAHAWK, What's the fucking point ?!

WESTERN                                                  BLU-RAY

S. CRAIG ZAHLER

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2h10.

L'expérience aura donc duré 2h10. Heureusement je n'étais pas seul dans l'épreuve. Spinaltap était avec moi pour cette séance de :

- Hey salut Spiny ! Je vais me faire une petite home-séance ce qui ressemble à une chouette tentative de marier des genres forts en gueule : Le Western, le survival et le pur film d'horreur. Est-ce que ça te dirait de venir voir ça avec moi?

- Mais pourquoi pas, mon vieux !

Deux heures après ça sonne à la porte. Un petit What else, un carré de chocolat, deux-trois nouvelles de nos familles et bing, nous voici devant l'écran. Content comme tout de lancer ce direct-to-video "injustement privé d'un sortie en salles", tout auréolé de chouettes critiques et acheté les yeux fermés.

 

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Attention, je n'emploierai jamais le terme "nul" On est pas devant les Visiteurs 3. On reste bien au cinéma. Ce n'est pas trop mal filmé et soigneusement photographié, hormis quelques raccords hasardeux et une tendance un peu assommante à aligner tous ses acteurs bien frontalement dans le plan, façon cinéma muet. Et puis il faut reconnaitre que la distribution a de la gueule. Kurt Russell, Richard Jenkins, Patrick Wilson et Matthew Fox. Du seventies, du culte, de l'arty et du populaire. Non, ce qui frappe en premier lieu c'est "pourquoi deux heures dix !!!!" Why ?!! What's the fucking point ?!!!"

Sans trop spoiler voici le principe : Après une intro très Direct-to-Video (introduction laborieuse et maladroite ou l'acheteur compulsif de Blu-ray sait d'emblée qu'il aurait mieux fait de mettre ses sous dans un bon vieux classique) mais suffisamment brutale pour que l'on sache d'emblée que l 'on aura affaire à un truc pas normal et impitoyable, quelque part dans l'ouest sauvage,  la femme de Patrick Wilson, la médecin du village, est enlevée. Lilli Simmons (Banshee) est super mimi et l'enjeu de la quête tape dans le fondamental, façon "Prisonnière du désert". Alors, pourquoi pas.

Une communauté se forme. Conduite par le shériff Kurt et son vieil adjoint, un Jenkins digne descendant de Walter Brennan, un Fox bien aristo et enfin le gars Patrick qui, malgré une jambe dans le sac, sera donc le quatrième cavalier, puisqu'étant le mari de la nana disparue. Je ne sais pas si vous avez tout suivi mais en gros, tout ce petit monde s'élance. Quand tout le monde s'élance dans Les Sept Mercenaires le film prend son envol. Pas là.

 

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Un bon monteur te torchait le truc en 1h20 voir 30, pour arriver plus vite au climax-cannibale-bien-gore et ce sans même enlever le côté chiant du film puisque pendant tout le milieu il ne se passe de toute façon strictement rien. Sauf que quand il ne se passe rien c'est là qu'il faut avoir doublement le sens du rythme dans le montage. Et là, tout est étiré. Ouais, marcher dans le désert quand on s'est fait voler ses chevaux ça peut être pénible. Mais il n'y a peut-être pas besoin de plus d'une heure de film pour nous le faire ressentir...

Les mecs vont donc tracer dans le désert. Chevaucher, se faire piquer leurs chevaux puis randonner.

Forcément on se dit que l'essentiel doit être ailleurs. Que l'on a pas tout compris. Jenkins tente alors quelques dialogues qui, comme l'indique la jaquette, voudrait taper dans le Tarantino. Il va notamment entamer une discussion sur l'art de lire dans son bain sans mouiller le livre. Ok, très bien. Sauf que, chez Tarantino un tel dialogue hisserait l'absurde jusqu'au sublime. Cela déboucherait sur un bon gros délire à se rouler par terre et nous jubilerions grave notre race en attendant la saillie suivante. Comme dans Django ou Les Huit Salopards, quoi. Ici, non. Le non-sens s'arrête au dérisoire. Un plan de pleine lune et hop, on repart. S'il vous plait, messieurs les réalisateurs, arrêtez immédiatement de citer et de chercher à tutoyer Tarantino. Ce mec est un dingue. Un pur génie vivant dans une bulle ou lui-seul peut entrer. Toute tentative d'imitation est condamnée au pathétique. Donc, ici, pour le côté "dialogues-savoureux"et "une-attente-savamment-étirée -jusqu-à-la-jouissive-et-salvatrice-explosion-de violence" on repassera.

 

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Pour être tout à fait honnête, je dois préciser que la tension de Bone Tomahawk repose aussi pas mal sur la jambe malade de Patrick. Ce mec souffre le martyre. Sérieux. il boite, il trébuche, il gémit, il est devant puis loin derrière, puis il rattrape le groupe, etc... Forcément il frôle la gangrène et l'amputation. On a mal pour lui. C'est sûr. Mais on a mal pour nous aussi. Parce que, sans vouloir absolument jouer les bourrins qui ne comprennent rien dès qu'il n'y a pas d'action, qu'est-ce qu'on s'emmerde !!!! Je me suis même assoupit ici et là. Quelques secondes seulement, mais à chaque fois c'était réparateur. À un moment donné Spinaltap s'est même levé pour aller chercher son portable. En prenant bien son temps. Je suis sur qu'il a envoyé un sms de détresse à sa femme (Suis chez Francisco. Il a encore acheté une purge. Il reste encore une heure de film. Lol ) Bon, malgré toutes ces longueurs inutiles, on a tous finit par arriver avec les personnages dans la dernière partie du film et donc du sujet même du film. De ce-pourquoi on est censé dépenser 20 euros. Il était grand temps, vu qu'il ne restait qu'une demi-heure. De film. Et là oui, ça déménage!. Ça flingue, ça hurle façon Predator, ça arrache les canines, ça broie, ça gicle, ça écrabouille, ça scalpe, ça émascule, ça tranche en deux. C'est du sérieux.

Ok.

Très bien.

Donc, nous sommes bien d'accord : Bone Tomahawk n'est pas, au final, un film d'Andrei Tarkovski. ! Alors pourquoi ?!! Pourquoi nous avoir laissé tout seul comme ça pendant une heure?!! Why?! What the fucking point ?!! comme je le disais au début de ma chronique ?!!

 

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D'autant que S. Craig Zahler, réal et scénariste de son premier film, n'avait qu'un faible budget et 21 jours de tournage. En dégraissant son intrigue ce premier essai aurait pu me convaincre. L'idée de marier western et cinéma horrifique partait d'une louable et sympathique intention.

Le résultat de tout ça. Avec Spinaltap on a reprit un café après le film et il a boulotté la fin de ma tablette de chocolat saveur pralines. J'avais pas forcément prévu d'aller en racheter une aujourd'hui.

Ouais je sais.

C'est chiant et c'est dérisoire.

 

 

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La version de Spinaltap

 

 

 

 

Bon c'est vrai que je me suis baffré la moitié de la tablette saveur pralines sans en laisser le moindre morceau et ça sans la moindre gêne. Lamentable.

Il est aussi exact que mon téléphone qui se trouvait dans la cuisine a retentit pendant la vision du film. D'abord hésitant, je me suis finalement levé pour aller consulter la teneur de l'appel, me disant que je n'allais pas rater grand-chose vu le rythme du truc. Rien d'urgent, donc je n'ai pas fait l'affront à Cisco de passer un coup de fil pendant le film, même si il me semble que mon ami maniaco-hdphile dormait à ce moment-là. Il est vrai aussi qu'on se faisait un peu chier, là.

Bon ça m'arrive aussi de me faire chier en regardant des trucs extrêmement brillants. J'en parlais d'ailleurs à Cisco juste avant de débuter cette séance de home-cinéma assez pénible, ce bon vieux Cisco qui m'a gracieusement prêté l'intégrale de Boardwalk Empire, lui avouant qu'il y avait quelques épisodes de cette excellente série durant lesquels ma concubine et moi nous nous étions passablement emmerdés. Francisco m'a répondu: "qu'est-ce que tu veux que je te dise…", tentant de masquer alors avec un petit rictus nerveux tout le mépris qu'il éprouvait envers moi, malgré la profonde amitié qui nous unit depuis de longues années.

Du coup, avant même le début de Bone Tomahawk, qui allait s'avérer beaucoup moins brillant, j'ai bien senti que j'avais plombé l'ambiance. Cisco s'est alors enfoncé dans son coin de canapé puis a lancé le film et s'est enfermé dans un mutisme assez flippant, le regard vide. D'emblée, les vibrations étaient pas bonnes. C'était mal barré, quoi. Je me suis alors dit que personne ne sortirait indemne de cette séance. Et ben les 2h10 nous ont achevé, putain. Y a bien eu un court instant de grâce: à un moment le tonnerre a grondé dehors, et le vieux lévrier galgo tout tremblottant de Cisco est venu se blottir contre moi. C'est la première fois que ce canidé traumatisé venait me voir, j'ai failli en chialer, bordel. Puis le tonnerre a cessé, le brave animal est retourné se coucher et j'ai replongé, pendant que Cisco s'essuyait discrètement le filet de bave qui pendait dangereusement de sa lèvre inférieure. Certes, la boucherie finale nous a sorti de notre torpeur. Alors oui bande de charognards, si vous voulez du sang, vous allez en avoir. Tiens d'ailleurs c'est drôle ça, et véridique: la sonnerie de mon téléphone qui a retentit pendant l'interminable traversée du désert avant le carnage, et bien c'est l'intro d'un morceau d'AC/DC qui a pour titre: "If you want blood, you've got it". Ca s'invente pas.

Voilà. Sinon depuis cette journée angoissante, Cisco et moi on s'est reparlé. J'ai fait le premier pas: je l'ai appelé. Il a décroché alors qu'il faisait ses courses, tout perdu qu'il était dans les rayons de l'hyper-marché. Je le sentais en grosse difficulté, le p'tit père. On a pas reparlé du film. Je l'ai juste chaleureusement félicité pour sa chronique. Il était touché. Presque bouleversé. Même que, pendant toute la durée de notre appel, il a poussé un caddie qui n'était pas le sien.

 

 

 

 

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BONE TOMAHAWK

2015

2H12

LE BLU-RAY : Une HD réjouissante et particulièrement affutée. Ce qu'aurait dû être le film.

Director:

Writer:

 

 

 

 

 

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12/05/2016
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