LES CHRONIQUES CINÉ DE FRANCISCO & Co

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MOJAVE, Spinaltap ne conduirait jamais sa jeep comme ça !

POLAR-NANAR / VOD

WILLIAM MONAHAN

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Evidemment, quand on voit l'alléchante bande-annonce, on se dit qu'on va passer un bon petit moment de ciné et non pas se cogner une purge invraisemblable. Alors après la vision éprouvante de ce direct-to-video, j'ai aisément imaginé la réunion pré-prod pour trouver le bon casting, un truc du genre:

"Bon il nous faut un beau gosse dans le rôle de l'artiste traversant une crise existentielle. Et abordable financièrement, alors oubliez Ryan Gosling.
- Je vois bien Chris Hemsworth.
- Il s'est déjà engagé sur "Le chasseur et la reine des glaces". Son frère?
- Et Garrett Hedlund? Il était bien dans "Sur la route"!
- Ouais parfait! On va lui faire un look à la Kurt Cobain pour bien montrer qu'il est torturé de l'intérieur!
- Et pour le gars chelou qui le harcèle? Michael Shannon?
- Il a refusé. Il veut changer de registre.
- Je vois bien Oscar Isaac, il a des grands yeux aussi.
- Moins flippants quand même. Et puis il a joué dans "Star Wars", c'est un peu trop grand public quand même non?
- Oublie "Star Wars" et pense "Drive", "Inside Llewyn Davis", "A most violent year"… Il apporterait une caution film d'auteur brillant et accessible.
- Vendu!
- Pour l'agent de l'artiste, j'ai le gars qui apporterait une touche tarantinesque.
- Tim Roth?
- Non, Walton Goggins! Il a joué dans les derniers films de Quentin et il a une bonne tête de barge! Il est pas encore trop connu en plus.
- Le mec qui jouait Shane dans "The Shield"? Ca le fait.
- Il nous faut absolument Mark Whalberg pour coller un peu de testostérone là-dedans!
- Ouais faut qu'on le voit torse nu! On va lui filer le rôle du producteur mégalo-excentrique en calcif-peignoir!
- Il portera des chaussons en forme de boots fourrées aussi, c'est marrant ça! Genre gros branleur, quoi.
- Ah ouais des Uggs! Peut-être qu'un placement de produit intéresserait la marque, ça financerait une partie du salaire de Whalberg…
- Bon et pour la girlfriend? Elle est arrogante: il nous faut une française!
- Marion Cotillard?
- Nan, trop chère! Et puis que je crois qu'elle est enceinte.
- Ah elle attend un cotillon?
- Très drôle! Bon alors, qui d'autre?
- Faudrait qu'on révèle une petite nouvelle…
- Euh j'ai pensé à Louise Bourgoin.
- Qui ça?
- Une nana qui présentait la météo en France que ma cousine connaît bien.
 -Elle a un beau cul?
- Pas mal.
- Ok, faudra qu'on le montre absolument dans une scène prétexte.
- Pas de problème!"

 

 

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Bah si justement. Le problème c'est que le directeur photo a pas vraiment mis à son avantage le séant de Miss Bourgoin quand, dans la scène prétexte, elle se lève du plumard pour aller dans la salle de bains après avoir informé son amant torturé d'un indispensable: "Faut que j'aille pisser". Même ça c'est raté.

Dommage, parce la comédienne frenchie a déclaré dans un interview avoir vécu le rêve américain avec ce tournage, parce qu'elle logeait dans un penthouse à Beverly Hills, qu'on allait la chercher dans une Ford Mustang, qu'il y avait d'énormes bocaux à cookies géants sur la table régie, des machines à hot-dogs, qu'elle tournait au Château Marmont…Le fameux rêve américain, donc. Et ben je suis content pour elle parce que en ce qui me concerne, la vision de ce film a plus ressemblé à un mauvais rêve. Pas un cauchemar non plus, faut pas exagérer, mais en tout cas je trouve que ce truc bêtement intitulé "Mojave" est idéal pour pioncer sur son canapé.

 

 

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"Quand tu as tout ce que tu veux, qu'est-ce que tu veux?"

C'est cette question philosophique qui pousse Thomas, un jeune réalisateur-scénariste hollywoodien que la célébrité précoce a fini par lasser, à se casser un beau matin de sa villa avec piscine et court de tennis même pas entretenus pour aller se perdre dans le désert. La gars est torturé mais il oublie pas de laisser un mot à sa maîtresse endormie sur lequel il a écrit cette phrase lapidaire: "Faut que j'aille dans le désert." Et ouais, démerde-toi avec ça! On fait dans le concis dans ce couple. Donc le lascar va se perdre pour se retrouver. Tout seul avec lui-même dans le désert de Mojave. Pour fuir le désert hollywoodien des relations humaines, ce genre de métaphores, certainement. Sur la route, comme il est pas complètement suicidaire il achète dans une station-service deux bidons de flotte, mais comme il est quand même torturé il prend aussi deux bouteilles de gin. Arrivé dans un coin bien paumé dans le désert, il se fait un petit feu de camp, fume des clopes et s'envoie de grosses lampées de gin. Bon c'est bien gentil tout ça, mais le gars se fait un peu chier. Donc le lendemain, pour qu'il y ait un peu d'action et aussi parce qu'il est torturé, il conduit sa jeep comme un débile. Et bim ça rate pas! Il se viande lamentablement. C'est le cas de le dire car cette scène est vraiment réalisée de façon minable (dommage car ce sera la seule cascade du film, il aurait pu s'appliquer un chouïa, le réal).

 

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Bon c'est pas grave car ce qui compte ici, c'est que ce mec a beau se la raconter grave, il est quand même vachement torturé. Donc il continue à pinces sous un soleil de plomb avec son sac à dos et son bidon de flotte. Il fait une pause, fume une clope et laisse glisser du sable dans sa main avec l'air bien torturé. Nouveau petit feu de camp le soir et un vagabond à chapeau vient se taper l'incruste en se servant de son café le plus naturellement du monde. Là les deux paumés ont une conversation hyper philosophique. Du haut niveau, pas à portée de tout le monde. Le nouveau venu lui lance direct:
"Qui es-tu? C'est ça la question essentielle, brother. D'où tu viens? Où tu vas? Qui tu es?
- Personne en particulier.
- Et tout le monde en général? Là est la question, brother."
Ouais. Carrément. Et c'est pas fini, le marginal retire son chapeau pour dévoiler son bandana et se met à faire du texte sur les gens, les apparences, le désert (ça tombe bien), se lançant dans une tirade super cultivée dans laquelle il évoque le Capitaine Achab, Jésus, le Diable, T.E. Lawrence, Shakespeare, être ou ne pas être, tout n'est que poussière, etc…Tout ça est très intéressant mais à un moment Thomas demande au gars ce qu'il fout là, parce que l'idée de départ était qu'il se retrouve seul, peinard avec sa bouteille de gin, ses clopes et son air torturé. L'autre fait une mauvaise blague comme quoi il est là pour détrousser les voyageurs, parce que dans le désert les voyageurs se font toujours détrousser et que c'est une vieille coutume datant de la Bible. Le problème c'est que comme Thomas est torturé, il prend ça au premier degré parce qu'il a perdu le deuxième (de degré). Donc les deux se foutent soudainement sur la gueule, alors que le courant était pourtant bien passé au début, c'est franchement ballot! S'ensuit un cache-cache dans le désert rocailleux façon sous Desierto ponctué du meurtre accidentel d'un flic qui passait dans le coin (vraiment la faute à pas de chance), puis un retour en stop à Los Angeles pour poursuivre ce petit jeu du chat et de la souris franchement besogneux, basculant dans le home-invasion de préférence dans des grosses villas avec piscine. Bon alors le début était déjà très pénible, mais la suite est portée au pinacle du grotesque par des seconds rôles ayant l'épaisseur d'une tranche de mortadelle, apparaissant dans des scènes qui arrivent comme un cheveu sur cette soupe absolument indigeste, séquences sans aucun intérêt qui ont été vraisemblablement intégrées au montage final car le scénario n'était pas assez long pour pondre un film d'1h30.

Tout ça n'a ni queue ni tête et les dialogues sont absolument risibles. Le firmament est atteint avec cette scène dans laquelle Thomas rentré de son désert trip fume une clope et passe un coup de fil à son agent (ou son avocat, on sait pas trop en fait) qui fume une clope, vautré sur une banquette Chesterfield en slibard et chaussettes longues de foot:
"Mon client préféré...
- Ce qui est retenu devant un tribunal, c'est la fiction. Pas la vérité.
- Ce qui l'emporte devant un juge, c'est laquelle des deux fictions narratives est la plus pertinente aux yeux du plus petit dénominateur commun.
- Je le sais très bien, c'était pas une question.
- Y a t-il d'autres points de rhétorique que tu aimerais aborder avec moi?
- Tout ce que j'essaie de te dire, c'est que quand un sujet est trop complexe, il vaut mieux éviter d'avoir à l'expliquer.
- Je suis parfaitement d'accord.
- Je te rappelle."
Euh…Sérieusement??? Non mais attendez, c'est moi ou on se fout carrément de notre gueule, là??? Qu'est-ce que c'est que cette conversation??? Je sais pas vous mais moi ça me file un goût de sang dans la bouche. Non franchement ces seconds rôles sont tellement ineptes qu'ils en sont assommants. Dans ce désert créatif, les comédiens aboient, la mascarade lasse. Du producteur en peignoir et Uggs passant ses journées à siroter du vin blanc et à se taper des putes à la girlfriend starlette hautaine en passant par l'agent (ou avocat) blasé à la limite de la neurasthénie, tous sont réduits en parasites qui se débattent vainement pour exister dans ce pensum d'une lourdeur pachydermique qui se veut une réflexion sur la célébrité, l'argent, Hollywood, la réalité et les apparences, le Bien et le Mal. Et sur un type torturé. Et puis sur la vie et la mort aussi, parce que faut pas oublier qu'il y a un duel autant psychologique que physique et que l'un des deux va clairement y passer. Comme dans Heaton sent que c'est inéluctable. D'ailleurs, comme dans le chef-d'oeuvre de Michael Mann, une scène cruciale les fait se retrouver face-à-face dans un café pour un duel verbal. Et ben vous savez quoi? J'ai préféré le duel verbal Pacino/De Niro.

 

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Bref. Lequel des deux va caner, donc? L'artiste torturé ou le vagabond aspirant au luxe? Les deux sont tellement antipathiques qu'on s'en tape complètement en fait. Quoique: le plus insupportable reste quand même Thomas, on a envie pendant tout le film de mettre un terme à ses souffrances intérieures et à son sourire narquois en lui collant une bonne pêche en travers de la tronche. Ce qui est sûr, c'est que comme cette histoire qui ressemble à un substitut de somnifère a commencé dans le désert, et bah c'est forcément là-bas qu'elle va se terminer, se bouclant enfin avec un coup de feu faisant surtout office de sonnerie de réveil.

Un mauvais rêve, je vous disais.

 

 

 Spinaltap,

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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MOJAVE

2015

1H30

L' IMAGE : Pas vu en Blu-ray mais les tests ici et là atteste d'un travail plus que correct tant sur les couleurs que des contrastes et la gestion du grain ciné. La facture technique comme "gant de velours", en somme. 

(Director):

 

 

(Writer):

  (screenplay)

 

 

 

 

 

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24/02/2017
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